17 mai 2012

Hollande au pied du mur

 

Voici quelques notes pour éclaircir les enjeux d’un changement de personnel politique encore loin de dessiner un changement d’orientation.

Dans un premier temps, je récapitule les derniers développements de la crise financière et montre qu’ils ne laissent guère d’espoir à l’immobilisme. Non seulement la sortie de l’euro est une nécessité vitale pour notre pays, mais elle risque d’être tout particulièrement douloureuse si elle n’est pas anticipée.

Dans un second temps, je passe en revue quelques indicateurs qui reflètent l’ampleur de la crise structurelle de l’économie française, dont les prémisses sont bien antérieures à 2008.

Enfin, je propose un commentaire du discours d’investiture de François Hollande dont l’habileté politique masque mal l’évitement des questions décisives.

 

28 avril 2012

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : QUADRILLE SUR UN VOLCAN

 Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012 renforcent une ambiance irréelle… alors que la répartition de l’électorat s’est révélée extraordinairement stable, medias et politiques répètent en boucle un discours sensationnaliste inspiré du commentaire sportif. Pour soutenir l’attention, il s’agit sans cesse d’inventer l’évènement qui soutiendra l’attention. Tel n’est-il pas d’ailleurs l’effet des sondages répétitifs qui scénarisent la compétition et l’organisent autour de l’unique question « qui va gagner ? » ?

Le comble du non-sens est atteint lorsqu’on proclame des « surprises » à partir d’écarts aux sondages dont toute personne informée aurait dû connaître l’inévitable imprécision.

En fait, si surprise il y eut, c’est dans l’étonnante stabilité de l’électorat, dans un monde économique et social en plein bouleversement. L’objet du présent article est de replacer ces résultats dans le contexte d’une société déstabilisée par la crise de 2008 et la fuite en avant de la bourgeoisie financière européenne.

I.          Le blocage électoral

          A.         Une surprenante stabilité

          B.         Vote identitaire ou programmatique ?

II.         La déchirure sociale

          A.         L’ébranlement des compromis sociaux

          B.         L’évolution des partis contestataires

          C.         Improbable rupture, impossible stabilité

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Il est probable que les échéances décisives n’attendent pas 2017 – et cette affirmation n’est pas de la rhétorique de campagne électorale mais bien la perception d’une faille sismique majeure sous les pieds des politiciens. Que cette perspective suscite jubilation ou inquiétude, elle accroit l’urgence de construire un paradigme alternatif à celui de l’UMP-PS et de ses satellites.

La campagne de Nicolas Dupont-Aignan est un pas dans cette direction, après la tentative de Chevènement en 2002. Mais cette recherche d’une problématique nouvelle suppose un travail théorique, doctrinal, et la recomposition des identités politiques à défaut de laquelle les tropismes latéraux continueront à paralyser l’action politique. Or si des partis « républicains » échouent dans cette tâche, d’autres la reprendront à leur compte pour un ordre futur conjuguant la domination sociale et le communautarisme.

01 avril 2012

Les lunettes du crime

L’ « affaire Merah » est le prétexte d’une nouvelle vague de dénonciations et d’amalgames contre l’islam, et plus particulièrement les Français de confession musulmane.
La pratique de l’islam de certains Français pose en effet problème. Ils plaquent leur ressentiment et leurs frustrations, formés dans la marginalisation sociale, le chômage de masse et l’assistance, sur un discours religieux formé dans des contextes incommensurables : conflit israelo-palestinien, guerres civiles et crise sociale de l’Algérie à l’Afghanistan. Les jeunes islamistes « des banlieues » singent ces situations extrêmes comme les enfants de la bonne bourgeoisie pré-soixante-huitarde se sont naguères pris pour des gardes rouges. Cette réinterprétation délirante redouble la stigmatisation sociale d’une stigmatisation culturelle justifiée. Et sur cette base prolifèrent les prédicateurs d’occasion, excités du bocal reconvertis dans le prêche flamboyant et l’incitation au crime.
Cette situation mérite d’être analysée et les incivilités des voyous cachés derrière des prétextes religieux méritent bien entendu d’être dénoncé et sanctionnées par la loi quand c’est nécessaire. Mais l’ « affaire Merah » ne relève pas de cette problématique.

On nage dans une surinterprétation caricaturale ; à toutes les époques et sous toutes les latitudes les sociétés ont sécrété d'exceptionnels cinglés, serial killers, anthropophages et autres congélateurs de nourrissons... Rien, heureusement, n'indique que ces pathologies soient devenues plus fréquentes. Merah a choisi l'islam pour habiller ses tentations homicides comme d'autres en d'autres temps eussent choisi le gauchisme ou l'extrême-droite. La frange extrême des fanatiques de l'islam a cru se donner une crédibilité en revendiquant ces actes, comme l'eussent fait naguère les Brigades Rouges au nom d’une toute autre idéologie. Mais ces crimes sont entrés en résonnance avec un discours électoral et médiatique avide de diversions.
La société du spectacle ne diffuse l’information que suivant la scénographie des films-catastrophes. Les medias poussent à l’extrême le penchant paresseux du téléspectateur. La réforme du système financier, la politique salariale ou les projets fiscaux ne sont pas porteurs. Suivant leurs propres tropismes idéologiques, politiciens et journalistes politiques présentent chaque fait divers saillant comme un "signe" de leur obsession habituelle, en comptant sur la consternation des spectateurs pour donner un semblant de crédibilité à leurs interprétations... Il est plus facile de jouer les gros bras contre le terrorisme que de justifier un bilan politique peu flatteur ou un programme de circonstance.

La mise en scène de l’élimination du tueur, sous la supervision ostentatoire du Ministre de l’intérieur, relève d’une lourde stratégie d’instrumentalisation (qui s’est d’ailleurs retourné contre ses auteurs vu les « ratés » de l’opération). Le Front national ou le candidat Sarkozy y ont vu un support opportun pour diaboliser un "islamisme" fantasmatique -  qui ne prospère (comme le Diable) que des invocations qu'on lui adresse !
Exciter le public en prétendant que Merah était "représentatif" de quoi que ce soit, c'est justement s'acharner à faire advenir ce qu'on prétend dénoncer. Semer la haine contre les musulmans pour s'étonner en suite qu'ils réagissent en revendiquant leurs particularismes - faute d'une intégration qu'on leur refuse. Transformer un fait divers en menace terroriste globale pour évincer toute réflexion des électeurs, déroutés par les déferlements d’évènements dont l’horreur masque pour un temps l’exceptionnalité. De la gestion électoraliste d’un fait divers, nous avons glissé insensiblement vers une campagne de promotion du communautarisme.


Dans "Invasion Los Angeles", science-fiction bas-de-gamme américaine, des lunettes adaptées révèlent en de nombreux habitants de la ville des monstres aliens, à exterminer avec allégresse et sous les applaudissements du public. Notre dérive politico médiatique ne préfigure-t-elle pas de telles lunettes du crime ?

29 janvier 2012

Mélenchon : la reconquête d’une gauche populaire ?

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J’inaugure ici une série d’articles sur les principaux candidats aux élections d’avril prochain, en m’attachant plus particulièrement à ceux dont l’opposition revendiquée à l’ordre établi mérite un commentaire distinct de celui de l’ordre général des choses, que j’ai abondamment abordé par ailleurs. Ces articles n’ont pas pour vocation de déboucher sur un appel à voter, ou ne pas voter, pour tel ou tel ; d’autres s’y emploient avec enthousiasme. Mon ambition se réduit à contribuer au décryptage des enjeux et des positionnements.


Lors de l’émission « on n’est pas couchés » de ce samedi 28 janvier, Jean-Luc Mélenchon a offert une nouvelle démonstration de son bagou et de son humour. Sa personnalité présente un accord miraculeux avec la position qu’il revendique dans le champ politique – celle d’un tribun de gauche, défenseurs des classes populaires face à un establishment défenseur les privilèges. Et pourtant sa verve semble impuissante à conjurer ce qu’il présente lui-même comme l’un des principaux enjeux de cette élection, à savoir l’influence grandissante du Front National dans les milieux populaires. Plus généralement, passé la sympathie qu’il inspire, on ne peut que rester dubitatif devant l’imprécision et les contradictions de son discours.

 

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30 décembre 2011

Alain Beitone et la souveraineté monétaire

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Alain Beitone a signé une tribune dans Le Monde où il dénonce une vulgate économique qui se développerait sur le Net autour de la « loi de 1973 » qui interdisait à la Banque de France de financer directement le Trésor Public http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/29/la-loi... ].

L’intérêt de cet article est qu’il développe des arguments solides et ne se contente pas comme tant d’autres de promettre l’hyperinflation, la peste et le cholera à qui s’écarterait de la « seule politique possible » de l’Union Européenne. A. Beitone est parfaitement conscient des causes et certainement des solutions qu’appelle la « crise de la dette », mais sa critique des « innombrables blogueurs et autres auteurs de tracts » reste stérile : ses arguments sont littéralement justes, mais n’ouvrent pas sur la formulation d’une alternative plus rigoureuse, faute d’aborder la question de fond de l’impuissance consentante de l’Union Européenne.


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20 novembre 2011

Petit apologue de la création monétaire

Une petite video sur le site d'"arrêt sur image" (http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12205) soulève une discussion confuse qui confirme la difficulté à comprendre la place de la monnaie dans notre économie. Cette video serait excellente si elle ne dérapait en affirmant qu'une économie uniquement alimentée par des billets de banque (et plus par le crédit bancaire) ne reposerait plus sur des dettes. En réalité, il faut bien que la monnaie soit injectée dans l'économie, en fonction des opportunités de production future. Le crédit réalise justement cette opération, et même si les banques devaient se le procurer à 100% sous forme de billets pour le reprêter,  la contrepartie de la production et la condition de sa distribution resteraient les flux de crédit et de remboursements.
Toute l'économie moderne est basée sur la circulation des dettes. La crise actuelle ne résulte pas de l'existence de la finance en tant que telle, mais de son déréglement lorsque les Etats ont abandonné leur tâches de régulation.

 

Sans reprendre en détail ces questions, que j'explore en détail dans d'autres articles, voici une petite présentation à vocation pédagogique de la formation de la monnaie moderne :

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13 novembre 2011

LE TIGRE DE PAPIER DE LA FINANCE

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Dans la célèbre parabole de la « main invisible » d’Adam Smith, présentant les vertus du marché, le boucher vend de la bonne viande à ses clients et réalise du même coup le bonheur de ces derniers et le sien propre, puisqu’il gagne d’autant mieux sa vie qu’il aura satisfait les autres.

Si le marché de la viande fonctionnait comme un marché financier, le boucher vendrait de la viande pourrie que ses clients achèteraient avidement pour la revendre plus cher (et toujours plus pourrie) à d’autres opérateurs eux-mêmes à la recherche d’une plus-value future, et non de quelque consommation. La viande parviendrait-elle finalement à un véritable consommateur, ce dernier n’en serait que promis à l’intoxication. Mais il est probable que le boucher n’aurait même pas vendu de la véritable viande, tout au plus la promesse d’en fournir sur les bovins de l’avenir…

Prisonnier du mirage d’une finance toute puissante, les États Européens abdiquent les uns après les autres ce qui leur restait de souveraineté pour communier dans la mortification annoncée par les interprètes des « marchés ». Pourtant, rien d’autre que la peur ne nous y oblige :

Du jour où la banque de France prendrait en charge le service de la dette de l'État par émission d’euros ou de francs, le problème de la dette publique aurait disparu. Du jour où l'État interdirait les opérations spéculatives et restaurerait le contrôle aux frontières des mouvements de capitaux, le cauchemar se dissiperait.

Politiciens, journalistes et « spécialistes » du petit écran se renvoient l’ectoplasme des « marchés financiers » ; à force de répétition il s’empare des esprits ; nul ne se hasarde à tester sa consistance comme dans ces romans de science-fiction où un hologramme suffit à interdire l’entrée d’une salle secrète par la seule terreur qu’il inspire.

La finance est un tigre de papier, un système institutionnel construit au travers des vicissitudes de l’histoire dont la puissance et les vertus n’existent que dans l’imagination de nos élites. S’en libérer n’est qu’une question de lucidité et de courage politique.

Inefficiente et destructrice (I), la finance ne s’est formée que sur la faiblesse politique des États (II) ; la Crise présente révèle sa nuisance (III) et crée une (dernière ?) occasion historique d’échapper au déclin de l’Europe (IV).


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09 octobre 2011

LE PLEIN EMPLOI, POINT AVEUGLE DE 2012 ?

 

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Une campagne électorale en dit long sur ce dont elle ne parle pas. Les discours des candidats balisent le champ des discussions, dessinent ce qui sera tenu pour « important » et répété en boucle dans les medias. Bref, on parlera de sécurité, de l’école, de fiscalité… pas très sérieusement d’ailleurs puisque les candidats « sérieux » s’accordent sur la meilleure façon de s’adapter aux politiques de purges soi-disant exigées par le surendettement.

Or cette purge a commencé, un « modèle grec » en quelque sorte, nouveau paradigme du presse-citron social et de l’anorexie économique.

L’objet de cet article n’est pas de m’étendre davantage sur le blocage du jeu politique mais sur la nature d’un nouvel agenda, qui remettrait au premier plan la question clé du plein emploi – soigneusement évitée par les gens « sérieux ».

Un rappel préalable de la restauration de la souveraineté économique, car on ne saurait trop répéter qu’à défaut tout le reste ne serait que bavardage sans conséquence. Si les échanges de marchandises sont libres dans une même zone monétaire, et que les politiques salariales, sociales et fiscales sont indépendantes, le pays « moins disant » dégage mécaniquement des excédents commerciaux qui se traduisent, pour les pays déficitaires, par une combinaison de chômage de masse et d’endettement. La course à la compétitivité comprime les salaires, et reporte le besoin de pouvoir d’achat sur l’endettement. C’est précisément ce qui s’est produit en Europe, le bloc germanique accumulant les excédents commerciaux tandis que l’Europe du Sud et l’Irlande développaient un déficit chronique. La sortie de la nasse européenne est bien entendu la condition première pour rompre la concurrence perverse vers le moins disant social.

 

 

Mais cette souveraineté  n’aurait de sens qu’utilisée pour résoudre rapidement le cancer du sous-emploi : Créer le cadre institutionnel d’une dynamique vertueuse de la production et des revenus (I)  et engager une réforme d’ensemble de la protection sociale, ce qui constitue, me semble-t-il, la partie la moins explorée des projets de réforme économique (II).

 

 

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