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27 mai 2009

QUELQUES REFLEXIONS SUR LA STABILITE ELECTORALE

Les sondages semblent indiquer un résultat "flasque" des futures élections européennes. Evidemment, ils ne représentent que la cuisine statistique d'organismes mal préparés à déceler et comprendre des retournements d'opinion ; leur fiabilité prédictive est réduite. Mais ils expriment un état vraisemblable du vote, qui peut servir de base à une réflexion préventive.

Un champ politique désespérément stable

Plusieurs lectures en sont possibles. Seulement 26% pour la liste UMP : dérisoire pour un parti soi-disant "majoritaire" - vote "sanction" donc à l'évidence. Retenons encore le pronostic médiocre pour le PS (21%) qui montre bien que l'opposition cosmétique des co-gérants de l'UE ne trompe pas grand monde. Ajoutons le MODEM, troisième variante du bloc oligarchique, 13% sur la bonne mine de son président, vote sans doute oppositionnel mais ô combien flou... Total, tout de même 60% pour l'ensemble des partis responsables de notre médiocre présent, ce qui ne dénote pas une situation très révolutionnaire... Les partis les plus critiques des traités réactionnaires de l'Union Européenne : le Front de Gauche et Debout la République, plafonneraient à  5 et 1%. Certes leurs discours restent confus et ne constituent pas une alternative achevée à l'européisme, mais une plus grande clarté programmatique modifierait-elle dans l'immédiat leur impact électoral ?

En résumé, l'antisarkozisme ne débouche sur aucune alternative politique, tout au plus il prépare un changement de personnel.

On peut se consoler en "faisant parler" les abstentionnistes, réputés exprimer un rejet radical de l'UE ou du jeu politique. Mais ne relèvent-ils pas pour la plupart du découragement ou de la recherche de solutions individuelles plutôt que collectives ? On peut encore arguer de la confusion idéologique qui génère des votes sans rapport avec les aspirations de certains électeurs, enfumés par le "vote utile" ou d'autres calembredaines. Sans doute cela existe-t-il, mais le schéma général reste celui d'un champ politique relativement stable, malgré le libéralisme prédateur, malgré la crise financière, malgré le naufrage de l'indépendance nationale.

Vote et angoisse sociale : hypothèse de travail.

La crise ne nourrit pas forcément la critique sociale. Le vote ne résulte pas d'une comparaison rationnelle des programmes ni d'une évaluation fondée des candidats, mais d'un « ressenti » beaucoup plus reptilien... Le discours politique, ses sous-entendus, ses retournements et ses reniements, laissent l'image d'une sphère opaque. Comment s'attendre alors à ce que les électeurs prennent au sérieux la cohérence toute rhétorique des discours ? L'adhésion -superficielle, fugace, le temps d'un passage dans l'isoloir - se joue sur des homologies, des identifications incontrôlées. Les partis aux affaires évoquent l'ordre légitime, sinon établi. Les opposants s'identifient, à leur corps défendant, au désordre qu'ils dénoncent.

Comme des noyés s'accrochant désespérément aux débris qui les entraîneront vers le fond, les électeurs expriment un besoin désespéré de stabilité, de points de repères... Les partis "alternatifs", loin de représenter une solution, ajoutent encore à l'incertitude. Même quand la situation leur donne raison, la peur et l'individualisme rabattent l'électorat vers les partis réactionnaires. Il est à craindre que cette configuration nourrisse encore de sérieuses déconvenues électorales pour ceux qui s'attendent à ce que la crise et la faillite idéologique des idées libérales se traduise rapidement par un basculement politique.

Préparer les vraies échéances

Serions-nous alors condamnés à suivre l'UMP-PS dans le naufrage civilisationnel qu'ils organisent ? Pas nécessairement, car si cette interprétation est juste, elle ne suppose aucune adhésion idéologique de la population aux partis établis. Juste un réflexe conditionné en l'absence de toute perspective alternative reconnue. Ces votes conformistes s'évaporeront comme rosée du matin si l'inquiétude devient désespoir et la peur, révolte. De telles mutations du sentiment populaire ne dépendent que d'un frémissement, un de ces battements d'ailes de papillon qui déclenchent les cyclones. En 1789, tous les élus des États-Généraux étaient monarchistes...

La médiocrité des perspectives électorales ne doit donc pas nous décourager. La réflexion que nous nourrissons et que les partis marginaux diffusent, malgré tout, durant les campagnes, préparent le terrain à de grands bouleversements. Mais ceux-ci ne se s'annonceront sans doute pas aisément dans les résultats électoraux. Le retournement du « sens commun » politique, la montée en puissance de nouveaux partis et l'explosion d'autres, l'irruption des véritables enjeux au cœur du politique, ne peuvent constituer un phénomène progressif. Mais si cela se produit, quelles idées seront disponibles pour refonder la civilisation ? Une déstabilisation générale ne fera pas plus émerger spontanément un ordre politique et économique satisfaisant que le statu-quo actuel ; les révolutions avortent ou accouchent de monstres le plus souvent, faute de disposer des outils intellectuels permettant de penser une véritable alternative à la fois viable et conforme aux besoins populaires[1]. Pseudo-communisme, élucubrations fascisantes, pinochetisme ultralibéral... les impasses sont plus faciles à désigner que le contenu d'un retour à la République. Tel est l'enjeu de nos militantismes présents, qui dépasse de beaucoup les vicissitudes des campagnes électorales.



[1] Mes lecteurs auront relevé l'imprécision de ma définition de l' « alternative ». C'est d'abord parce que l'analyse de l'apparent blocage politique actuel ne dépend pas d'un programme particulier. Il s'agit d'une analyse positive et non d'un « point de vue politique ». C'est ensuite parce que je suis convaincu que les programmes actuellement proposés par tous les partis institués sont foncièrement insatisfaisants, englués dans le « prêt à penser » de la configuration politique figée que j'analyse justement dans cette note. L'enjeu de la refondation intellectuelle en cours est de sortir de ces cadres de pensée, ce qui suppose de ne pas bloquer la discussion par des proclamations péremptoires et prématurées.

 

19:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Post-scriptum, après le vote.

Les résultats du 7 juin confirment ce que j'écrivais. Les transferts de voix à l'intérieur du bloc conservateur (UMP, PS, MODEM, et plus ou moins Europe Ecologie)sont d'une incidence très limitée. La proximité idéologique de ces partis autorise des déplacement rapides et réversibles d'électeurs sur des considérations insignifiantes, "charisme" des uns, "gaffes" des autres... Le plus désolant est la vacuité des journalistes et "commentateurs" professionnels cherchant désespérément à donner un sens à ces bulles sur la mer.

En fait, deux éléments apparaissent clairement au vu des résultats :
- l'illégitimité de l'Union Européenne ; les 60% d'abstention suggèrent pour le moins l'absence de tout sentiment d'appartenance.
- La grande majorité de la minorité votante reste scotchée à une orientation conservatrice (au sens où il s'agit bien de conserver les politiques néolibérales actuelles chapeautées par l'"Europe").
Comme je l'écrivais, c'est compréhensible, nul besoin d'invoquer un complot médiatique ou les fautes de tel ou tel parti.
- La majorité des électeurs ne sont pas familiers du jeu politique ni des théories et idéologies qui animent le monde militant. Ils ne s'emparent des enjeux électoraux que maladroitement, et parfois à contresens. Les partis critiques n'ont pas pour le moment la lisibilité suffisante pour que les électeurs se reconnaissent en eux.
- La réaction première face à une crise multiforme qui compromet à la fois les statuts économiques, familiaux, la citoyenneté, etc., c'est de se raccrocher à une illusion de stabilité. C'est un contresens fâcheux, mais sociologiquement banal. Ce n'est qu'au moment où l'ordre établi s'effondre et/ou dépasse certains seuils d'insupportabilité que les esprits se libèrent et que les rapports de forces basculent pour un temps.
Ceux qui œuvrent pour le changement social n'ont d'autre choix que de composer avec cet état du terrain. La période qui s'ouvre sera plus de maturation que de conquête : réflexion théorique, réorientations idéologiques, construction de partis alternatifs. et bien sûr participation au mouvement social où se bâtissent les ruptures individuelles avec l'impuissance du "pur électeur".

Il serait présomptueux de fixer la durée de cette "traversée du désert". Peut-être très courte compte tenu de l'impasse économique actuelle du néolibéralisme. Mais entre temps la difficulté sera la soif de postes des professionnels de la politique. Quelles que soient leur conviction, ils lient leurs carrières à la conquête de positions électives, leurs moyens financiers et leur notoriété médiatique en dépendent aussi. Or l'accès rapide à ces moyens suppose le sacrifice des fins : des alliances contre-nature avec les partis établis, au prix du sacrifice de leur discours, du découragement des militants et du discrédit auprès des électeurs. C'est ce piège qui a achevé le Parti Communiste, ou rayé du paysage politique le MRC de Chevènement. En ira-t-il autrement de la gauche républicaine ou des gaullistes actuels ? Le Front de Gauche et Debout la République ont obtenu des résultats honorables qui pourraient en faire des référence pour la suite des évènements. A suivre donc.

Écrit par : J. Halpern | 08 juin 2009

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