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22 décembre 2009

"Identité" ou souveraineté nationale ?

Quelques lignes sur la campagne gouvernementale sur l' « identité nationale » avec le risque, évidemment, de contribuer à lui donner une certaine consistance, fut-ce en dénonçant son principe. L'essentiel n'est-il pas ce qu'on en dit mais qu'on en parle. Allons donc d'entrée à l'essentiel, cette « identité nationale » n'est qu'une foutaise pour détourner l'attention du racket planétaire au profit d'un système financier failli mais toujours aux commandes. Ce préalable posé, passons à une argumentation (un peu) plus précise (je me permets de renvoyer ceux qui voudraient une analyse plus fouillée à mon article de 2004).

 

Lancer un « débat sur l'identité nationale » témoigne au départ soit d'un contresens de ses initiateurs  (si on veut leur porter crédit d'une certaine sincérité) - soit,  plus probablement d'une vulgaire manœuvre politicienne pour « draguer » un électorat supposé sensible à une thématique identitaire. Dans tous les cas il s'agit d'une malsaine diversion au basculement des équilibres économiques et politiques ouverts par la Grande Crise entamée fin 2007.

« Débattre » de l'identité nationale : un non sens

Le contresens est de croire que l'identité se « débat ». Elle résulte au contraire de la subtile alchimie de traditions et de pratiques communes au cours de l'histoire. Les représentations, les croyances, les goûts, les principes qui configurent une « identité française » n'ont jamais été « débattues » à cet effet, mais ce sont rencontrées dans le creuset national : c'est-à-dire les enjeux et le destin commun que constitue l'état-nation. Bref, il n'y a pas « débat sur l'identité », mais des enjeux présents dont la résolution s'intégrera à l'identité nationale de demain (si du moins la France subsiste en tant que nation) : quel droit à l'emploi ? Quelle sécurité sociale ? Quel positionnement dans les enjeux géostratégiques ?  Quelle école, avec quels objectifs ? Quelle laïcité ? Quelle participation des citoyens aux choix politiques ? Je pourrais multiplier à loisir ces questions saillantes, qui traversent les mobilisations sociales, civiques et intellectuelles qui font l'histoire. Mais aucune d'entre elle ne se présente comme « un débat sur l'identité nationale », qui ne sera que le constat de leurs issues et de leurs combinaisons.

Une stratégie de guerre civile

Bref, bavarder sur l'identité nationale », c'est noyer le poisson. Sauf, et j'en viens à ma seconde et hélas probable hypothèse, s'il ne s'agit que de stigmatiser quelques coutumes exotiques et dogmes religieux mal dégrossis du bled portés par les enfants déclassés des migrants des années 60. On laisse quelques prévisibles incontrôlés déraper là où l'on voulait qu'ils dérapent : vers la « guerre de civilisations » chère aux néocons de toute sorte. Les valeurs de l'occident contre celle de l'islam, voilà ce qu'on voudrait répandre avec l'espoir que ce « clivage » dresse les français « de souche » contre les enfants d'immigrés, comme défouloir à des frustrations dont on devine l'inexorable montée. Comme le montre Emmanuel Todd, on n'est pas très loin des stratégies mortifères des années 30.

Ce qui précède ne suppose nulle mansuétude pour la voyouterie, ni pour l'intégrisme fast food,  ni pour l'antisémitisme nauséabond qui prolifèrent dans les « quartiers » et que couvre un gauchisme sans boussole.  Ils ne sont que l'image renversée  des paumés de l' « identité nationale » qui vomissent un discours antimusulman ou ouvertement raciste pour oublier que ceux qui essuient sur eux leurs souliers cirés sont pour le moment hors d'atteinte. Ce sont des symptômes purulents, dangereux, sanglants à l'occasion, stimulés par la logorrhée « identitaire » - mais ce n'est pas la maladie elle-même.

Le déclin de la souveraineté nationale

Cette maladie qui ronge la civilisation c'est l'affaiblissement de la souveraineté nationale. Les peuples voient leur destin leur échapper au nom du soi-disant « marché » ou de la soi-disant « mondialisation », paravents impersonnels à l'abri desquels une oligarchie off shore étend ses privilèges. Sans doute les mobilisations politiques du passé balançaient entre le contresens communiste et l'illusion démocratique, mais ces mythes soutenaient une intervention populaire qui donnait sens à l'espace national et à l'engagement politique. C'est cette communauté de destin, ciment de la nation républicaine, que la « modernité » néolibérale a ravagée. Sur la ruine des nations se dressent non pas la lutte des classes qu'imaginaient les ignorantins gauchistes, mais l'intégrisme, le communautarisme, les bandes et les trafics. Pendant ce temps là l'argent public s'engloutit dans la garantie d'état des surprofits financiers et les services publics se délabrent. Au capitalisme producteur succède un capitalisme prédateur.

Mais la rolex tourne, n'est-ce pas, et la logique sociale comme ce qui reste de culture démocratique concourent à ce que se posent à nouveau les questions politiques. Le cadavre du peuple bouge encore, sa résurrection demeure la terreur des oligarques qui agitent « l'identité » nationale pour mieux refuser la souveraineté.  Et c'est pourtant cette dernière qui redonnera substance à la première.

 

19:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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