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20 février 2010

La déroute alimentaire. La crise programmée et ses solutions.

 

Si nous comprenions le langage des lemmings en route pour leur suicide collectif, nous retrouverions certainement des discussions qui nous sont familières. La chute dans l'abîme est inévitable si nous ne changeons pas de chemin - mais le premier qui tente de diverger pourrait être écrasé par le troupeau - et qui oserait avoir raison seul face à l' « intelligence collective » de ces milliers de lemmings ? Le ravin est là, mais la peur de quitter le troupeau est plus forte encore. La comparaison s'arrête là, car dans le suicide des lemmings, aucun n'a tiré son épingle du jeu, alors que notre troupeau est mené par des petits malins qui croient profiter des la folie collective avant de se préserver de la chute au dernier moment.

Notre ravin prend la forme de la crise financière et de la crise écologique, beaucoup plus liées qu'on ne veut bien le dire. Elles ont un dénominateur commun : l'absence de centres de décision voués à l'intérêt général - voire même de centre de décision d'aucune sorte. Empêtrés dans de multiples interactions, dans des stratégies d'échecs (aux deux sens du mot), ils ne prévoient jamais plus de deux coups à l'avance. Les économistes et les scientifiques[1] disposent de toutes les analyses et compétences nécessaires pour inspirer une autre orientation - mais ils n'inspirent pas les politiques, seul le prochain « coup », la prochaine rustine, la prochaine magouille, obnubilent les décideurs.

Le politique est au centre de toutes les questions. Croissance, finance, développement durable, emploi, « Europe », etc. ? Tous ces enjeux pris isolément ne sont qu'écrans de fumée tant que n'est pas posée la vraie question : la cohérence d'une société complexe comme la nôtre passe par des États et des valeurs culturelles fortes. À défaut, les stratégies de passager clandestin des groupes et institutions mènent mécaniquement au pillage des ressources par les plus puissants (banques, compagnies pétrolières...), à moyen terme à la paralysie (voire l'Union Européenne) et à un peu plus long terme à l'effondrement (Rwanda 1994 + subprimes 2008, comme répétitions générales).

Toutes ces crises ont une racine commune : le néolibéralisme[2] et la multiplication des configurations dominées par les « passagers clandestins ». Nous en évoquerons ici une seule : la crise alimentaire - parce qu'elle est sans doute la plus radicale de celle qui nous menace. Mais la plupart des arguments qui suivent sont transposables à d'autres domaines.

I.            Vers la crise alimentaire ?

La population mondiale explose sans moyens durables de s'alimenter. Le ralentissement démographique de ce point de vue n'est qu'une vue de l'esprit. Dans les meilleur des cas, la population mondiale n'augmenterait d'ici 2050 « que » de l'équivalent de la population mondiale de 1950 (2.5 milliards d'habitants) alors que - et c'est là le cœur de l'argument - que nos capacités agricoles sont déjà à saturation sans pour autant qu'un milliard de personnes mangent à leur faim.

« Jusqu'ici, tout va bien... »

D'hors et déjà, l'agriculture intensive épuise les sols, et la croissance de la production est presque toujours obtenue sans calcul rationnel du renouvellement des ressources nécessaires : sols, eau, forêts ... La surpêche stérilise les océans. La pression de la croissance démographique crée une urgence permanente dans les régions pauvres et interdit toute prise en compte du moyen terme. La concentration de cultures homogènes (OGM ou pas) et d'élevages intensifs créent les conditions de ravageuses épidémies. La production de biocarburant accélère la saturation agricole.

L'agriculture traditionnelle était locale, et les disettes de même. L'ouverture des marchés amortit ces crises locales - du moins quand la population concernée conserve des ressources d'autres sortes à échanger. Le libre-échange stimule les cultures d'exportations, avec de spectaculaires progrès de la productivité.

Mais les avantages comparatifs décrits par Ricardo[3] ne se réalisent que sous des conditions précises. La déformation des taux de change sous l'effet des mouvements de capitaux, la non prise en compte des externalités dans la formation des prix (pollution, épuisement des ressources, au niveau de la production comme du transport) aboutissent à des échanges biaisés et souvent appauvrissants.

Le libre-échange s'accompagne aussi d'une double dépendance : vis-à-vis de production spécifiques, et vis-à-vis du marché mondial. La faible diversification de la production résultant de la division internationale du travail démultiplie l'effet de crises climatiques ou biologiques frappant de telles cultures ou élevages. De plus, le pays exportateur comme l'importateur sont à la merci d'un collapsus des circuits commerciaux. Dans le cas d'une crise alimentaire mondialisée, nulle région ne serait à l'abri du maelstrom des prix, et ensuite de la fermeture des frontières des pays exportateurs pour sauver leur population. L'effroyable gestion privée des OGM accroît encore cette vulnérabilité, en privant les agriculteurs des moyens de reproduire eux-mêmes leurs semences (et demain leur cheptel ?), et en réduisant encore la diversité génétique.

La spéculation s'empare des produits dont l'offre faiblement élastique permet de distraire des stocks de leur destination normale. Les céréales répondent à cette condition. La surgélation en élargit la possibilité à la quasi-totalité des produits alimentaires. L'explosion des capitaux spéculatifs et la saturation de leur « marchés » d'élection : bourse, immobilier, les reportent sur les matières premières et les produits agricoles. La spéculation s'est orientée vers les stocks alimentaires et elle commençait à en aspirer les prix à la veille de la crise des subprimes. En période de hausse, elle accentuera les pénuries, et en période de krach le déstockage ruinera les agriculteurs.

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Les prévisions de Malthus ont été si longtemps démenties que son argument s'est émoussé. Faut-il pour autant négliger les exemples locaux de crises alimentaires : Haïti (des sols épuisés et la population réduite à une misère chronique par l'agriculture intensive), Rwanda (des massacres massifs avant tout motivés par l'insuffisance de terres cultivables)[4] ... ?

Une issue technologique ?

Le progrès scientifique amènera-t-il les technologies-miracles pour éviter le désastre annoncé ? C'est a priori improbable pour deux raisons. La première est que les découvertes sont par nature incertaines. Il ne s'agira jamais que d'un pari - sur la survie de milliards d'êtres humains. La seconde, plus fondamentale, est que le problème n'est que secondairement technologique - il réside d'abord dans notre organisation sociale, politique et économique.

Le long terme n'est pas inscrit dans notre modèle de développement. Le progrès technique n'est qu'un moyen de prolonger une aveugle course en avant. Le libre-échange agricole, la centralisation des semences ou des gènes dans de gigantesques entreprises transnationales, la négligence systématique du renouvellement des ressources, le mépris des politiques de régulation des naissances... rien de tout ceci ne relève d'une limite technologique. L'horizon du calcul économique s'arrête à une dizaine d'années tout au plus... au-delà les prévisions ne constituent plus des incitations[5]. Quant au calcul politique, il est borné par les cycles électoraux et l'instabilité des états pauvres. Quand bien même quelques esprits éclairés s'émancipent de ce cancer social, la concurrence acharnés des autres entrepreneurs économiques ou politiques les mettent rapidement en difficulté. Comment faire accepter électoralement une hausse durable des prix agricoles pour prévenir une crise dont le terme est encore inconnu ? Comment renoncer à des profits faciles pour garantir la soutenabilité de l'économie dans 20 ans ?

La technologie, n'est donc ni un problème ni une solution par on ne sait quelle substance propre. Sa nature dépend de l'usage qui en est fait et de l'orientation des recherches. Il est trivial de constater que nous serions d'hors et déjà capables techniquement de réorganiser les agricultures en fonction d'impératifs de préservation des sols, de renouvellement de l'eau, d'indépendance alimentaire pour la plupart des pays et de santé publique. Le freinage initial de la productivité serait sans doute plus faible qu'on l'imagine couramment, grâce à la mise en œuvre de techniques en jachère mais dont certaines expériences donnent un avant-goût (cultures sous serre en Europe du Nord, irrigation en Israël, exploitation des ressources en algues au Japon...). Les techniques existantes pourraient de plus déboucher à court terme sur de nouvelles applications pourvu que la nécessité s'en fasse sentir - à commencer par les OGM, aujourd'hui orientées par le profit à court terme de multinationales, qui pourraient vraisemblablement tout aussi bien s'appliquer à la création de multiples variétés à usage local et adaptées aux différentes conditions de culture[6].

Plus fondamentalement, la recherche est aujourd'hui prisonnière de laboratoires privés voués au rafistolage du système technique existant. Une transformation radicale des incitations économiques réorienterait ses programmes. Une agriculture soutenable, mais aussi capable de nourrir l'humanité, ne serait certes pas plus « naturelle » mais elle mobiliserait des techniques sélectionnées selon un autre « cahier des charges » que celui qu'impose le capitalisme spéculatif !

II.            La décroissance : une fausse piste

Une production anarchique de biens et services destinés à la consommation immédiate produit et prépare des crises qui nourrissent le mythe inverse de la « décroissance » - un monde où la production se limiterait au « nécessaire » et respecterait les impératifs écologiques.

L'impossible frugalité

Ce mythe est renforcé par sa coïncidence avec l'idéologie dominante, imprégnée de « purge » et d' « austérité » comme ultime remède aux crises systémiques. On comprend facilement comment la frugalité imposée aux dominés permet de faire reposer sur eux l'essentiel des conséquences des crises[7]. Les « décroissants » sont généralement loin de telles intentions, mais l'homologie des discours les renforce mutuellement.

La faute intellectuelle primaire en est la confusion entre croissance économique et épuisement des ressources. On pourrait avec autant de raison poser l'équation inverse, celle de l'extraordinaire élargissement des ressources qu'a permis la croissance, en dépit de toutes les tares que lui imprime le mode de production , via la diffusion du progrès technique[8]. Nous avons cependant constaté nous même que cette croissance aboutit à une impasse si elle demeure privée de gouvernail.

Mais la population mondiale actuelle et son accroissement programmé interdisent tout retour en arrière. La résorption du sous-développement suppose une croissance massive du PIB mondial et dans une moindre mesure des ressources alimentaires par habitant. La question n'est donc pas de réduire la croissance, mais de la réorienter vers des ressources sûres et renouvelables. La production agricole devra certainement doubler d'ici une trentaine d'années (augmentation de la population, et amélioration de la nutrition), et cette production sans précédent devra être indéfiniment maintenue. La réponse à un tel défi ne passe pas par un ralentissement de la croissance, mais au contraire par des investissements massifs dans la recherche, l'irrigation, l'entretien des sols, l'organisation de l'exploitation des ressources marines, etc., et en amont vers les technologies à portée plus générale (énergie, biotechnologies...).

Comment infléchir le modèle de consommation ?

La critique de notre modèle alimentaire - surconsommation de viande et de matières grasses... - est souvent pertinente, mais les populations les plus pauvres sont aussi les plus sujettes à la « malbouffe ». Ce simple constat devrait interroger les tenants de la « décroissance ». Ce n'est pas par la privation que l'on change des valeurs aussi enracinées que les habitudes alimentaires. Ni le mode de vie en général. Comparez l'usage du tri sélectif ou des filtres à particules dans les quartiers résidentiels et dans les « cités » ! Une population privée d'emploi et de projet fédérateur se repli sur un minimum social imperméable à toute idée d'intérêt commun à une collectivité elle-même perçue comme hostile. Le discours moralisateur des « décroissants » revient à stigmatiser ces populations sans être efficace pour autant.

Comment alors changer le mode de consommation[9], l'orienter vers des produits moins dépensiers en ressources et plus satisfaisants au plan sanitaire ? D'abord la vérité des prix : si la viande rouge crée une pression insoutenable sur les ressources, cela doit s'exprimer dans son prix, via un système de taxation adéquat. Des contrôles beaucoup plus contraignants sur les produits de consommation permettraient à la fois l'information des consommateurs et l'application de normes sanitaires beaucoup plus sévères (voir par exemple la surcharge en sel des aliments industriels, ou les risques de cancers provoqués par certains emballages, qui n'ont pas entraîné jusqu'à présent d'interdiction générale). Mais si de telles mesures dégradent globalement les conditions de vie ressenties, ou si elles sont perçues comme inégalitaires, elles seront inapplicables. Là encore, la croissance économique et la relative prospérité qu'elle permet en créent certaines conditions. Et accessoirement ces mesures supposent l'instauration de contrôles et de règles que seul l'état-nation a les moyens d'instaurer - à rebours du mondialisme doctrinaire de nombre de « décroissants ».

Plus généralement, les transformations systémiques supposent un consensus social incompatible avec l'idéologie de la purge. Un regard élémentaire sur les précédents historiques de la « décroissance » devrait suffire à un détourner résolument tout esprit progressiste. La Russie post-communiste, l'Europe des années 30 ou nombre de pays d'Afrique post-coloniale pour ne citer que les exemples les plus familiers, illustrent le désespoir des populations, le repli sur la débrouille individuelle, la perte de contrôle des États, sur fond de guerres civiles et de communautarismes divers. La décroissance en pratique, c'est la barbarie. Et dans un tel contexte, aucune institution n'est en mesure de faire valoir une perspective de long terme, le gaspillage des ressources se démultiplie avec pour seule limite l'appauvrissement de la population[10].

III.            Intégrer les marchés

La survie de tout système social dépend du dispositif d'incitations et de sanctions qui prohibe les comportements entropiques et récompense les comportements favorables à la reproduction du système. Il s'agit donc d'intégrer les institutions, c'est-à-dire d'en assurer la cohérence entre elles et avec les fins que se fixe la collectivité.

La « main invisible », une affaire d'État

La fameuse « main invisible » d'Adam Smith répond à cette condition, si on veut bien l'extraire des interprétions ultralibérales dont elle a fait l'objet. Le marché incite le boucher à fournir de la bonne viande au consommateur, et ce dernier à rémunérer correctement le boucher. Voilà pour les incitations. Les conditions implicites ne sont pas moins importantes :

1.       Aucun ne peut voler l'autre, ce qui serait pourtant a priori le moyen le plus expédient de se procurer les biens convoités ;

2.       Le moyen de paiement est suffisamment fiable pour garantir à long terme la transaction ;

3.       Le boucher et ses clients entretiennent des rapports suffisamment durables pour dissuader toute tentation de tromperie ;

4.       Les ressources futures du boucher et des consommateurs assurent la continuité de la transaction (que se passera-t-il quand le boucher aura décimé tout le troupeau, où que celui-ci aura épuisé le pâturage ?);

5.       Les consommateurs sont les seuls clients du boucher (pas de spéculateurs) ;

6.       La répartition des revenus permet à tous de participer à un tel marché ;

7.       Ni le boucher ni ses clients ne sont en situation de monopole/monopsone qui leur permettrait de concentrer à leur profit la plus grande part des revenus.

Si ces conditions ne sont pas remplies, on montre facilement que la « main invisible » mène à l'effondrement du marché et de la production (conditions 1 et 2) ou à une répartition non optimale des revenus et de la production. Dans toutes ces hypothèses, l'intervention d'une force cohésive est nécessaire, qu'il s'agisse de l'État, de règles morales/religieuses, ou d'autre chose. En réalité, les marchés smithiens sont l'exception et leur construction relève d'une intense volonté politique et d'une continuité administrative incompatibles avec l'idéologie faussement libérale dans laquelle nous baignons encore.

Sur le « marché » mondial de l'alimentation, la condition (1) est a priori réalisée, mais remise en cause par des opérations de brigandage international que caricature l'invasion de l'Irak (en matière d'énergie, mais la montée des tensions alimentaires déplace les enjeux...). La condition 2 est compromise par l'instabilité monétaire, et la 3 par l'obscurité qui accompagne l'allongement des circuits de distribution. La 4 est clairement inexistante, et la 5 et la 7 sont de moins en moins vérifiée, et la 6 ne l'a jamais été !

En appeler au « marché » pour régir la production et la distribution alimentaire est donc une ineptie manifeste, dont la répétition forcenée n'augmente pas la pertinence. Autant il est vrai que des dispositifs smithiens (main invisible) sont localement efficaces, autant la construction du cadre qui les autorise relève d'autres niveaux de l'organisation sociale - niveaux dont le défaut est la cause véritable de la crise future.

Organisation et marché : la ligne de crête

La critique néolibérale des dysfonctions de la régulation publique est aisément réfutée : elle ne propose aucune solution aux problèmes dont elle récuse la gestion administrative. Ce n'est pas parce que le chauffeur conduit mal que le véhicule sera mieux conduit... sans chauffeur ! Nous montrons ici la nécessité d'un encadrement radical des activités marchandes pour les cantonner à leur domaine d'efficacité. Mais nous n'ignorons pas pour autant le  danger des usines à gaz administratives[11].

Posons comme principe que l'organisation d'une communauté humaine croît en complexité en raison inverse de sa sûreté[12]. Tel est d'ailleurs la limite ultime du projet ultralibéral d'une société entièrement régie par les marchés : quand bien même l'improbable programme de transformation des individus réellement existants en homo œconomicus serait mené à terme, la multitude des conditions requises pour la stabilité d'un équilibre général walrasien le condamnerait à une rapide explosion. Sa contradiction est la même que celle qui paralysa les économies planifiées : l'impossibilité de modéliser et de prévoir les comportements humains pour les intégrer à une méga-machine, qu'il s'agisse d'un système de marchés ou d'une économie planifiée. La solution réside dans la combinaison précaire de « règles du jeu » contraignantes et du libre jeu des individus ou des institutions. L'effacement de ces règles mène à la multiplication des passagers clandestins et à l'implosion sociale ; leur excessive multiplication conduit au même résultat par le biais de l'inefficacité bureaucratique.

Récapitulons : La production agricole mondiale doit être encadrée par des règles strictes pour en assurer la soutenabilité. Pour l'essentiel (c'est-à-dire l'indépendance alimentaire), elle doit être soustraite aux échanges internationaux (ceux-ci étant réservés aux échanges de surplus). Et bien entendu les dérives spéculatives doivent être découragées par le système financier. Bref, un marché aussi smithien que possible doit être constitué pour en stimuler la production est en assurer la répartition. Et, pour certaines régions du monde, la régulation des naissances reste un objectif primordial.

Le besoin d'État

Ces règles, interventions, supposent la construction d'un corpus juridique et d'un consensus politique inenvisageables en dehors d'un État-nation[13]. Il ne s'agit pas que d'une organisation administrative : valeurs, représentations collectives, anticipations, routines, se combinent autour d'institutions communes et forment une culture commune qui modèle à son tour les comportements « de marché ».

Des États-nations souverains seraient en mesure de négocier au cas par cas des accords commerciaux avantageux pour développer certains échanges sous réserves de réglementations communes. Ce n'est pas l'échange qui est dangereux, mais sa dérive qui résulte de l'éviction de l'intégration nationale. La conséquence en est le nivellement des règles d'organisation et la prolifération des dérives et risques systémiques. L'efficacité apparente sur tel ou tel « marché » se paie de dysfonctions proliférantes, comme nous le constatons aujourd'hui. La Nation n'est pas une fin en soi, mais un niveau d'organisation nécessaire de communautés politiques pour contrôler leur destin.

Certes, une gestion nationale n'a aucune raison d'être performante ou conforme à l'intérêt général. Mais elle en a la possibilité, que renforceraient vraisemblablement des institutions démocratiques adéquates. Le libre échange et la dérèglementation quant à eux mènent forcément au désastre.

 

 

La prévention de la crise alimentaire inscrite dans notre trajectoire actuelle passe par une certaine « nationalisation » des agricultures. Plus généralement il s'agit d'établir une certaine souveraineté économique comme condition d'une prospérité durable. À l'évidence, les changements ci-dessus décrits ne résulteront pas d'une « prise de conscience » intellectuelle - d'ailleurs rien de ce qui précède ne constitue une découverte, tout au plus une récapitulation de connaissances aisément disponibles pour qui veut s'en emparer. Vraisemblablement crises économiques, guerres, famines et désastres environnementaux jalonneront notre avenir proche. Ces évènements seront souvent le point de départ de spirales destructives avec la dislocation du consensus culturel qui soutenait la prospérité économique - mais en déstabilisant les intérêts établis ils rendront possibles une réorientation radicales de nos politiques. Ce texte se voulait une modeste contribution à la diffusion des outils conceptuels d'une telle réorientation.



[1] Économistes et scientifiques mènent des recherches fructueuses dans les limites de l'autonomie que leur concède la bien-pensance politique et financière. L'économie n'est pas une science pure, elle est corrompue intellectuellement par la bienveillance financière et médiatique dont font l'objet les plus médiocres de ses charlatans, chargé de l'apologie de l'oligarchie. La science elle-même ne recherche que dans les directions où la recherche est financée, et parfois certains scientifiques se laissent enrôler dans des opérations financièrement ou médiatiquement séduisantes pour d'obscurs intérêts à courte vue (grippe A, changement climatique, etc.). Mais la visibilité de ces fous du roi ne doit pas laisser oublier la puissante accumulation des savoirs qui circule entre initiés, et dément le discours omniprésent de l'inéluctabilité du cours actuel de nos sociétés.

[2] Le néolibéralisme idéologie dominante des 30 dernières années, n'est pas en réalité libéral. Le libéralisme est une doctrine préconisant la maximisation de la liberté pour tous. Ambiguë et contradictoire, il ne se confond pas pour autant avec la primauté des intérêts privés sur l'intérêt public, marque du néolibéralisme et qui conduit à la contraction de la liberté du plus grand nombre.

[3] Si chaque pays se spécialise et exporte les produits pour lesquels sa productivité est la plus élevée, le produit total partagé par les partenaires sera plus élevé et chacun s'en trouvera plus prospère.

[4] Cf. J. DIAMOND : Effondrement, Gallimard 2009.

[5] Les économistes néolibéraux balancent entre deux justifications. Les plus doctrinaires éludent la question grâce à l'hypothèse d'anticipations rationnelles (un marché parfait intégrerait spontanément le long terme dans la formation des prix). La plupart admettent la nécessité d'une intervention publique, mais c'est pour lui opposer des conditions rédhibitoires : coopération internationale, modération des dépenses publiques, dérèglementations, maintien du libre échange, etc. - au nom d'un insurmontable mysticisme de marché.

[6] Je n'entre pas dans le débat dur la dangerosité d'une dissémination de ces organismes. Là encore un contrôle public indépendant et fiable permet a priori de réduire ce risque. Le risque zéro est évidemment hors de portée, mais celui de l'abstention est manifestement encore plus élevé.

[7] Etant entendu que ce report à court terme du coût de l'ajustement bloque le système à long terme, faute de demande effective. Mais les classes dominantes peuvent sauvegarder leurs privilèges dans la crise, voire les renforcer, tant qu'elle ne débouche pas sur une crise révolutionnaire.

[8] La « science » économique établie ressasse que se sont les marchés qui créent la prospérité. Or même les raisonnements les plus libéraux ne montrent qu'une meilleure allocation des ressources dans un système de marchés. Or l'essentiel de la croissance vient d'ailleurs : de la mise en œuvre de nouvelles technologies, de l'apparition et de la diffusion de nouveaux produits. Le marché crée une optimisation instantanée mais ne porte en lui-même aucune dynamique de progrès à long terme, qu'il peut toutefois faciliter dans la mesure où ces conditions institutionnelle favoriseraient l'innovation.

[9] Dans la mesure où cela est indispensable ! Car les petits bourgeois moralisateurs assimilent vite leur sous-culture aux intérêts de l'humanité et voudraient imprimer à la planète entière leurs engouements hygiénistes du moment...

[10] L'histoire d'Haïti est édifiante : épuisement des terres au XIXe siècle, misère et dictatures ensuite... Loin d'inciter à changer de voie, le blocage de la croissance affaiblit toutes les alternatives : Etat, société civile, investissement s'enrayent, et ne demeure que la survie au jour le jour.

[11] Rappelons toutefois qu'elles ne sont pas une spécialité des États : organismes internationaux et grandes entreprises la partagent largement.

[12] Il s'agit d'ailleurs sans doute d'un principe beaucoup plus général d'organisation de la matière et de la vie. La complexité va de paire avec la fragilité d'ensemble car les « crises » sont d'emblée systémiques au lieu de rester locales. Quel que fût le scénario d'extinction des dinosaures, il frappa les espèces les mieux adaptées à leur environnement, mais aussi les plus vulnérables à la transformation de celui-ci.

Voir sur ces questions Denis GORTEAU : http://quefaire.e-monsite.com/rubrique,selections-et-civilisations,338931.html

[13] La Nation se présente comme un compromis imparfait entre l'échelon local qui prive d'utiles divisions du travail et l'échelon mondial porteur d'entropie. Certes, nombre d'entre elles sont en deçà de la masse critique d'une certaine efficacité économique (ou proches du seuil de l'entropie, comme l'ex-URSS ?). Ce sont des produits de l'histoire, que nous ne sommes pas en mesures de remodeler. En revanche, nous pouvons tirer le meilleur parti possible de ce niveau d'intégration.

 

09:27 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Article intéressant, mais pourquoi n'est-il pas fait référence à la possibilité de réduire la croissance démographique mondiale prévue d'ici 2050? La communauté internationale pourrait très bien promouvoir:
- dans les pays du nord, ayant une empreinte écologique très exagérée, le "couple" de 2 enfants sur la base d'une autolimitation des naissances résultant du débat et de la réflexion,
- dans les pays du sud des mesures s'attaquant aux raisons profondes de la surnatalité, à savoir: généralisation de l'instruction, planning familial (avec en particulier la prévention des grossesses non désirées), instauration de systèmes de retraites "de proximité" (par exemple sur la base des communautés villageoises) et toutes les incitations financières imaginables permettant l'avènement d'une démographie responsable.

Écrit par : Démographie responsable | 21 février 2010

Je suis d'accord avec ce que vous proposez. Il est vrai que je me suis plus attaché à la question de la production agricole qu'à celui de la démographie. Je crains cependant que de telles mesures aient peu d'effet sur l'augmentation de la population mondiale telle qu'elle résulte des projections qui sont probablement déjà optimistes. Songez que le seul allongement de l'espérance de vie (mettons un trimestre par an en moyenne) produirait un milliards d'habitants de plus en 2050... Mais en effet une politique volontariste s'impose et passe forcément par des communautés nationales fortes et prospères. La misère et la perte de la conscience collective sont les premières causes de la surnatalité (cf. la situation de l'Afrique subsaharienne).

Écrit par : J.Halpern | 21 février 2010

La misère, première cause de la surnatalité : on est bien d'accord (misère au sens large, pas seulement matérielle)
La perte de la conscience collective : permets moi d'en douter. En tout cas, je ne vois pas quelles études permettent d'avancer cela. Comment mesure-t-on la conscience collective ? Y a-t-il des lieux ou des temps où les couples ne font pas d'enfant dans l'intérêt collectif ? Personnellement, si se posait la question pour moi aujourd'hui de faire ou non des enfants, ce serait plutôt par rapport à leur avenir.

Quant à "l'extraordinaire élargissement des ressources qu'[aurait] permis la croissance", je ne comprends pas. De quelles ressources RENOUVELABLES a-t-on élargies l'usage ? L'on a puisé dans le capital au lieu de le développer pour en augmenter les intérêts. Ce qui est tout à fait différent me semble-t-il.

"La résorption du sous-développement suppose une croissance massive du PIB mondial " ???? Il est aujourd'hui de 10 000 US$ par habitant ! Faut-il plus de 10 000 US$ par an pour être sorti du sous-développement ? D'autant que nombre de dépenses ne contribue pas au développement (= bien être). Combien du PIB mondial consacré aux dépenses militaires ? A la publicité ? A la réparation des dégâts sanitaires (obésité, cancers, ...) induit par la croissance présumée seul remède, en permanence avancé mais jamais vérifié, de résorber le chômage ?

Enfin, je ne pense pas que ce soient les classes dominantes qui soient les plus favorables à la décroissance. Bien au contraire puisque les classes dominantes font leur profit essentiellement sur des biens de consommations. Et lorsque les décroissants parlent de la décroissance c'est évidemment dans le cadre d'une redistribution équitable des richesses, c'est à dire un ACCROISSEMENT (=croissance) du "PIB" pour les plus pauvres et une drastique diminution pour les plus riches. Un "décroissant" ne demande pas à un Smicard ou un RMIste, et encore moins à un intouchable indien, de décroitre.

Ce que la majorité des décroissants (Latouche, Aries, ...) conteste est la CROISSANCE pour TOUS, i.e des plus pauvres aux plus riches. Dans un monde fini, c'est impossible car la présumée DEMATERISALISATION de l'économie est une ineptie sans nom. Un exemple : l'informatique devait couduire au zéro papier. Aujourd'hui, l'on a autorisé sur le marché une pomme de terre OGM pour fabriquer du ... papier en Europe qui plus est.

Aucun pays au monde n'a en tout cas à ce jour réussi à faire décroitre SUFFISAMMENT son empreinte écologique tout en maintenant sa croissance. L'Allemagne, modèle du genre, atteindrait la valeur de 1,9 ha/allemand bien après 2050 (cf. rapport WWF 2008) !!!!! Est-ce compatible avec un remboursement de la dette écologique - et climatique en particulier - accumulée d'ici là ?

Christophe

ps : d'hors et déjà => d'ores et déjà. (Désolé défaut professionnel d'enseignant)

Écrit par : Christophe Vieren | 05 mars 2010

Il me semble que la nouveauté de nos maux réside dans la globalité planétaire des enjeux. Or les niveaux de gouvernance sont restés au mieux au niveau régional (Europe, USA,...) mais souvent national. Par conséquent - l'échec de Copenhague en est une bonne illustration - chaque état compte sur les autres pour faire les efforts à sa place. Une instance tel l'OMC avec son pilier juridique (ORD), unique dans les instances internationale, doit rapidement être mis en place pour assurer les biens de premières nécessités à tout être humain, ce qui passe par une Organisation Mondiale de l'Environnement si l'on regarde à un horizon de plusieurs décennies.

Et bien évidemment ne pas oublier qu'il n'existe AUCUN moyen de réduire une partie suffisante de la population sans effet collatéraux rédhibitoires : quelles soient de type nucléaire, bactérioloque ou chimique, aucune arme ne peut supprimer plusieurs milliards d'êtres humains sans hypothéquer l'avenir des humains restants. L'arme chirurgicale reste à inventer (nanotechnlogies ?).

Car nul doute que lorsque la RECESSION IMPOSEE et BRUTALE (à défaut d'une décroissance choisie) s'imposera à nombre de pays militairement puissants, forte sera la tentation d'éliminer les rivaux, "comme en 40", ONU ou pas !

Un autre point non évoqué dans ton article - pourtant assez riche - est l'accés à l'information qui permettrait de sortir rapidement du mode de pensée dominant. En France, les medias d'opinions appartiennent - comme les autres media à Dassault - Lagardère, Bouygues et Bertelsmann (http://lou.quetiero.free.fr/ARCHIVES/2006-Medias-France.jpg, http://unmondedavance13.over-blog.com/pages/Dossier_Reflexion_sur_le_pouvoir_mediatique-1170784.html

Le Web sera-t-il suffisant pour informer les masses laborieuses de ce qui les attend dans quelques décennies au mieux, quelques années au pire ? Le pain et les jeux qu'on leur sert quotidiennement ne les endormiront-ils pas suffisamment jusqu'à leur impossibilité de réagir (métaphore de "la grenouille qui ne savait pas" de O. Clerc).
Je crains que si, hélas. Et aujourd'hui, en ce début 2010, après 10 ans de militantisme acharné pour tenter de modifier le cours de choses, après le Pacte écologique de Nicolas Hulot, le Grenelle de l'environnement, les Home et vu du ciel de YABertrand, ... je rejoins la prophétie d'Y. Paccalet : "L'homme disparaitra, bon débarras !". Egoïstement je rajoute : après ma mort si possible, c'est à dire dans 30-40 ans (j'en ai 51). On peut rêver non ?

Écrit par : Christophe Vieren | 05 mars 2010

Je comprends tes critiques, car le simple constat de la situation présente n'incite pas à l'optimisme. Mais je ne vois guère l'intérêt d'annoncer la fin du monde si ce n'est pas pour proposer des solutions pour l'éviter. Le pire est probable, je te l'accorde. Mais il s'agit d'une question politique, et non technique. Que pouvons nous faire ?
Quelques réponses :

* "De quelles ressources RENOUVELABLES a-t-on élargies l'usage ?"
Justement, je n'ai pas écrit "renouvelables" ! La croissance entraîne le progrès technique et la recherche de nouvelles ressources. C'est pour cela qu'elle est nécessaire mais non suffisante. Il faut l'orienter sur des objectifs de long terme, et c'est bien là que se situe la difficulté.

* Le PIB mondial "est aujourd'hui de 10 000 US$ par habitant ! Faut-il plus de 10 000 US$ par an pour être sorti du sous-développement ?"
La conversion des niveaux de richesse en $ est douteuse, mais tout de même : 10 000 $, c'est moins du quart du PIB/habitant de la France. Ce niveau ne serait ni supportable pour les pays développés, ni sans doute suffisant pour les autres.

* "nombre de dépenses ne contribue pas au développement (= bien être)"
Je suis d'accord mais, à supposer que nous puissions surtaxer ou interdire les dépenses "inutiles", combien de dépenses NECESSAIRES supplémentaires devrions-nous prendre en charge ? Soins médicaux, éducation, sécurité publique, etc. sans compter le coût vraisemblablement élevé des infrastructures "durables".

* "les classes dominantes font leur profit essentiellement sur des biens de consommations".
Au sein des classes dominantes, le pouvoir s'est déplacé et repose surtout aujourd'hui sur la RENTE financière et foncière. L'austérité pour le plus grand nombre ne perturbe pas leur suprématie, au contraire !

* "lorsque les décroissants parlent de la décroissance c'est évidemment dans le cadre d'une redistribution équitable des richesses, c'est à dire un ACCROISSEMENT (=croissance) du "PIB" pour les plus pauvres et une drastique diminution pour les plus riches"
Admettons cette perspective - dont je suppose que vous n'ignorez pas la difficulté POLITIQUE. Retour à la dictature du prolétariat, en quelque sorte... Il restera qu'une fois redistribuée, la fortune des "riches" n'augmentera que minimement le niveau de vie des "pauvres", dont on peut imaginer qu'ils manifestent la farouche volonté d'élargir au-delà leur consommation matérielle.
Je n'ignore pas que la consommation compulsive est une propriété de notre socialisation dans un système socio-économique qui est une véritable machine à créer des besoins. Mais comment en sortir ? La privation, en dehors d'une société traditionnelle et fortement intégrée, aurait l'effet inverse : survaloriser les frustrations présentes et dévaloriser encore plus l'avenir.

* "Aucun pays au monde n'a en tout cas à ce jour réussi à faire décroitre SUFFISAMMENT son empreinte écologique tout en maintenant sa croissance."
Je n'ai jamais prétendu que la croissance actuelle soit soutenable, mais qu'un développement soutenable EXIGERA une forte croissance économique.

Écrit par : J.Halpern | 07 mars 2010

Si comme tu le soulignes à juste titre, la conversion des niveaux de richesse en $ est douteuse, c'est pourtant ce que tu sous entend lorsque tu écrit qu'"un développement soutenable EXIGE une forte croissance économique" car à ma connaissance la croissance est mesurée à l'aune du PIB (en $ ou toute autre devise). Encore le serait-elle à l'aune d'indicateur bien plus représentatif du développement, tel l'IDH (log du PIB + espérance de vie + alphabétisation) que je pourrais l'envisager. Car sinon j'ai du mal à imaginer dans l'état actuel des sciences et technologie, une croissance économique forte parallèlement à une décroissance tout aussi forte de l'empreinte écologique de l'humanité (aujourd'hui 2 planètes pour vivre comme un français). Si les plus pauvres doivent se développer alors les plus riches doivent décroitre car nous n'avons qu'UNE planète.
Ou alors il faudrait que tu m'expliques quel serait le contenu de cette fameuse croissance "verte" qui permettrait de réduire l'empreinte écologique sans pour autant réduire le "pouvoir d'achat" moyen (PIB/h) des citoyens. En deux mots : je ne suis pas sûr que nos concitoyens souhaiteront se tuer au boulot pour fabriquer des éoliennes, des panneaux photovoltaiques, de l'agriculture bio moins carné, et des transports en commun en lieu et place de leurs hypermarchés, leur voiture et des logements sans cesse plus grands, sans parler du "besoin" de voyager en avion via des low cost. Je pense qu'à cela nos concitoyens préféreraient pour la plupart (les plus aisés) plus de temps libre (RTT, âge de la retraite plus faible, ...).
Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi ce choix éclairé devrait passer par la dictature du prolétariat. Nous visons tous sur la même planète, et à part quelques ultra-nantis qui pourront s'en sortir (terrés dans leurs ville antiatomiques ?), nous avons tous intérêt à nous orienter vers cette frugalité volontaire, bien préférable à une 3e guerre mondiale pour se partager ce qu'il restera de ressources (pétrole, possions, forêts, terres arables, ...). Cette "frugalité" volontaire peut donc être décidé démocratiquement.
Maintenant, je suis effectivement pessimiste, nombre de nos concitoyens n'ayant pour horizon de pensée qu'au maximum 10 ans (et encore !) et le danger étant pernicieux, invisible mais à forte inertie (changement climatique en particulier), ils voient le train venir mais n'entendent pas son sifflet ! L'augmentation du climatoscepticisme chez nos concitoyens n'est-il pas une preuve de ce déni de réalité face à une vérité qui dérange ?

Mais bien sûr, si j'abandonne (temporairement ? ) personnellement le combat à 51 ans, il faut que d'autres prennent la relève, les jeunes en particulier, pour proposer les alternatives les plus aptes à être acceptées par la population. Et ce même si cette alternative ne peut être qu'un renoncement à toujours plus de biens, au profit de plus de liens.

Je rappelle donc l'équation que tu dois résoudre pour rendre crédible ton assertion à mes yeux (croissance forte): réduire la dette écologique de l'humanité (empreinte) le plus rapidement possible tout en poursuivant la croissance des pays riches comme la France !

D'ailleurs, même sans tenir compte des IMPERATIFS écologiques peut-on encore augmenter la croissance économique. Faut-il rappeler que la croissance de tous les pays occidentaux connait une baisse tendancielle depuis 50 ans ? Et ce n'est pas le pic de Hubert imminent ou déjà passé (cf augmentation du cours du pétrole depuis 15 mois malgré la récession) qui va inverser cette tendance (cf. relation entre période de récession et cours du pétroles ces dernières décennnies).

Écrit par : Christophe Vieren | 07 mars 2010

Autre manière de libeller ma question : peut-on décorréler croissance et consommation d'énergie ? La réponse est évidemment non. En effet la croissance signifie l'augmentation de biens et de services, lesquels nécessitent TOUS - services y compris - de l'énergie tant pour leur fabrication que pour leur utilisation que pour leur élimination. Et même si l'intensité énergétique décroit, sa décroissance n'est pas suffisante pour compenser une augmentation de la consommation d'énergie. Qu'advient-il de cette croissance si cette énergie n'est plus d'origine fossile (=> prix multiplié par 3 à 10 selon technologie) ? Et bien elle n'est tout simplement plus possible. Qu'on le veuille ou non aucun pays au monde n'a connu de croissance sans augmentation de sa consommation d'énergie, et plus particulièrement d'énergie fossile.

Écrit par : Christophe Vieren | 08 mars 2010

Je répondrai en essayant d'éviter les répétitions.

"nous avons tous intérêt à nous orienter vers cette frugalité volontaire, bien préférable à une 3e guerre mondiale pour se partager ce qu'il restera de ressources (pétrole, poissons, forêts, terres arables, ...). Cette "frugalité" volontaire peut donc être décidé démocratiquement."
Malheureusement ce n'est pas ainsi que fonctionnent les sociétés humaines en général, et la nôtre en particulier : nous avons promu l'intérêt individuel comme objectif premier et légitime. Pour changer les choses, il faudra s'adapter au terrain, c'est à dire la réalité sociologique qui n'est pas le débat éclairé de purs esprits...

"Qu'advient-il de cette croissance si cette énergie n'est plus d'origine fossile (=> prix multiplié par 3 à 10 selon technologie) ? Et bien elle n'est tout simplement plus possible."
Et pourquoi ne le serait-elle pas ??? Rien n'indique que l'énergie solaire, la géothermie ou la fusion nucléaire soient inaccessibles. Nous n'avons tout simplement pas cherché - parce que les énergies fossiles étaient à disposition sans grand coût initial. En orientant la recherche dans cette direction, nous devrions obtenir rapidement des progrès spectaculaires. D'ailleurs c'est déjà le cas même si les incitations manquent encore pour passer de la recherche fondamentale à la production de masse. Sur ce plan, je ne suis pas inquiet ! En revanche, et c'est là le fond de mon article, je crains que nos mécanismes de décisions collective nous empêchent de faire à temps les choix nécessaires.

Et de ce point de vue la situation de l'agriculture me semble la plus critique de toutes, car comme je le développais notre système de production et d'échanges est de plus en plus vulnérable.

Écrit par : J.Halpern | 08 mars 2010

Votre optimisme - dont j'aimerais encore disposer - n'a d'égal que mon pessimisme : sauf que mon pessimisme est basé sur le Principe de réalité et que votre optimisme est basé sur de bien hypothétique saut technologique. "En orientant la recherche dans cette direction, nous devrions obtenir rapidement des progrès spectaculaires".

Concernant la fusion nucléaire que vous citez, on sait pertinemment qu'IL n'Y AURA PAS d'ELECTRICITE COMMERCIALISEE par cette technologie avant 50 ans. Et ce dans le meilleur des cas. Un peu tard, non ? Les physiciens Balibar, Treiner et Pomeau semblent bien moins optimistes que vous : http://reacteur.iter.free.fr/3physiciens.htm

"Nous" n'avons pas cherché ?? Les français n'ont pas cherché, mais dans nombre d'autres pays, Japon et USA en particulier les budgets consacrés aux recherches sur les énergies renouvelables sont importants. Probablement pas assez mais n'oublions pas que les budgets ne sont pas extensibles et qu'il faut faire des choix. Soit on investi dans l'avenir (pour une hypothétique croissance future !), soit on dépense de suite (pour une croissance présente). On peut pas payer ITER et en même temps faire des recherches sur les énergie renouvelable, tout en développant les infrastructures de transports ou de bâtiment permettant de réduire la consommation d'énergie.

Quant aux modes de décisions collectives, je vous rejoins mais nous n'avons pas le choix, on est bien obligé de faire avec (même si l'on DOIT tenter de l'améliorer). Et c'est pourquoi je suis pessimiste.

En revanche concernant l'agriculture, je suis plus optimiste que vous : moins de viande, de l'agriculture bio ou en tout cas plus durable (biodynamie, ...) , et aucun problème pour nourrir 9 milliards de terriens. Sous résdrve bien sûr, que les bonnes priorités politiques au niveau mondial soient prises : cultiverons-nous des agrocarburants et des PdT OGM pour satisfaire nos besoins de voitures individuelles et de papiers au détriment de l'agriculture vivrière et plus particulièrement dans les pays qui en ont besoin ? La c'est une question de gouvernance et non plus de technologie.

En résumé : sauf saut technologique miraculeux (je l'appelle de mes voeux), le surenchérissement du prix de l'énergie ne permettra pas une croissance tout en réduisant SUFFISAMMENT VITE l'empreinte écologique. A chaque fois que le prix du pétrole à connu un boom (5 chocs pétroliers depuis 1975), il y a eu récession. Aujourd'hui, le dernier choc lié au passage du Pic de Hubbert sera bien plus douloureux car pérenne celui-là. Le pic de 2008 en a donné un avant goût et nous sommes loin d'être sorti de la crise, quoi qu'on nous dise.

Un économiste que j'aime assez : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey
J'aime aussi Jean-Marc Jancovici et son site (manicore) !

Écrit par : Christophe Vieren | 08 mars 2010

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