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17 mai 2010

SORTIR DE L'EURO

 

Les évènements se précipitent depuis le "plan de stabilisation" présenté par les dirigeants européens pour contenir la crise des dettes publiques  (cf. mes deux précédents articles). La faible crédibilité des mesures présentées et la perspective d'enchaînements déflationnistes des politiques de "rigueur" ont déclanché une spéculation sur l'Euro - qui n'en reste pas moins à l'heure où j'écris notablement surévalué par rapport au dollar. Mais l'hypothèse de son éclatement est désormais évoquée au grand jour. C'est donc l'occasion de revenir rapidement sur l'échec de cette "monnaie unique" mais aussi de rappeler que la disparition de l'euro ne réglerait pas la question de l'indépendance des politiques économiques.

Sur l'actualité de la Crise, voir aussi mes articles précédents,en particulier : Vertige déflationniste sur l'Europe et La nouvelle économie de la dette.

 

Il semblerait que la nouvelle tempête spéculative qui se déchaîne sur la zone euro mette (enfin) la sortie de l'euro à l'ordre du jour - sinon encore sur un agenda prévisible. Les évènements actuels ne sont qu'une manifestation de plus des vices congénitaux d'une construction politico-économique obsédée par la seule constitutionnalisation de principes monétaristes. L'Euro a été et demeure le prétexte à des politiques déflationnistes qui ont affaibli l'Europe, ravagé son industrie et étendu l'insécurité sociale. Ces politiques[1]n'ont jamais véritablement cessé, sous les injonctions des prétendus « marchés » - aimables prête-noms de politiques inféodés aux intérêts des secteurs rentiers au détriment des producteurs, entreprises comme travailleurs !

On pourrait en rester là en se délectant par avance de l'effondrement à venir d'une construction viciée dont les méfaits sont établis. Ce serait négliger le prévisible acharnement des rentiers  à préserver cette monnaie « forte » qui sécurise les lucratives opérations financières. Ce serait surtout sous-estimer la difficulté de la reconstruction d'un système monétaire et financier sur les ruines de l'usine à gaz de Francfort.

L'euro est la forme spécifique qu'à pris le capitalisme spéculatif en Europe depuis trente ans - mais ce même capitalisme s'est déployé dans le monde anglo-saxon, et ailleurs, sous des formes différentes, moins caricaturales mais tout aussi pernicieuses. Sortir de l'euro ne serait pas automatiquement sortir de ce capitalisme spéculatif.

I.                   Comment l'Euro détruit l'Europe

L'Euro est triplement vicié. Au niveau de sa politique, au niveau de ses institutions et dans son principe même.

A.     Une institution néolibérale

La monnaie unique est gérée suivant la croyance monétariste selon laquelle la seule tâche d'une Banque Centrale est d'empêcher l'inflation, par des taux d'intérêt et un taux de change élevés. Cette politique s'accompagne d'une obsession de la « concurrence »  supposée contenir le niveau des prix et « flexibiliser » les marchés sans recours à l'expansion monétaire. Cette croyance est fausse et dangereuse, elle a conduit à freiner la croissance en Europe au seul nom de la défense de la monnaie - alors que toute l'histoire économique montre l'inanité de vouloir adosser durablement la puissance financière à la faiblesse productive : cf. le déclin de la Grande-Bretagne dans l'Entre-deux-guerres. Cette croyance a aussi aveuglé les responsables devant la véritable inflation des bulles financières et de la dette privée au cours de cette période.

Non seulement cette politique est néfaste, mais elle a été institutionnalisée par les Traités Européens, en particulier Maastricht, érigeant la lutte contre l'inflation et le refus du financement des États par la BCE au rang de principes intangibles. Ces principes se sont fracassés face à la Grande Crise actuelle, ils sont quotidiennement violés par ceux-là même qui les ont imposés - à leur corps défendant. Mais ils continuent à être professés, et les éclairs de raison que produit l'instinct de conservation ne garantissent en rien le repentir des fautes passées, comme l'indique la présente tentation d'achever l'Europe malade par une sévère purge.

Monnaie surévaluée[2] creusant les déficits commerciaux et recyclant les capitaux flottants dans des économies où la rente et la spéculation sont plus attrayants que la production, acharnement à enchaîner les États au marché financier au risque de précipiter le continent dans la déflation... l'ADN monétariste de la BCE (et, à travers elle, des dirigeants européens) n'en finit pas de punir les peuples d'Europe « dépensiers » et de creuser le retard de la Zone Euros face aux États-Unis ou à l'Asie orientale.

On pourrait cependant imaginer que l'épreuve des faits finisse par imposer un renversement des priorités, que la BCE adopte une orientation pragmatique à l'instar du FED américain.

B.     Une monnaie sans État

Cette hypothèse est cependant improbable vu l'enracinement de cette politique dans la tradition allemande. Pays « exportateur » à la spécialisation industrielle solide, l'Allemagne a durablement assis sa puissance sur une monnaie forte valorisant ses exportations tout en réduisant le prix de ses importations et en contenant l'inflation. Cette politique a pu être en phase avec les conditions de l'Allemagne des années 60 à 80, quoique déjà les « succès » allemands fussent gagés sur les déficits ou la surévaluation monétaire de ses partenaires, condamnés à l'étiolement de leur croissance. Aujourd'hui, l'Allemagne mène une énergique politique de déflation salariale dont l'efficacité se mesure aux excédents commerciaux accumulés au détriment du reste de l'Europe. Elle le paie cependant elle-même d'une situation sociale dégradée et d'une croissance ralentie. Mais ses élites restent prisonnières du mythe de la « rigueur » de cette gestion condamnée.

De plus, la BCE dispose d'une puissance sans équivalent dans le reste du monde, puisqu'aucun état central n'est en mesure de lui imposer d'autres priorités. Il ne s'agit pas seulement de l' « indépendance » de la Banque Centrale, si imprudemment proclamée dans le Traité de Maastricht,  mais d'une configuration institutionnelle sans pareil : de multiples états aux besoins, aux systèmes socio-économiques et aux orientations disparates, face à une seule et unique institution qui trouve (presque) toujours les appuis pour imposer son arbitrage[3].

L'ancienne Bundesbank, pour « indépendante » qu'elle fut, dut pourtant « manger son chapeau » quand le Chancelier Kohl lui imposa l'émission massive de Deutschemarks de la RFA pour échanger à parité les marks est-allemands. Le FED américain dépose régulièrement devant le congrès et reste étroitement en phase avec la politique de l'administration fédérale. Seule la BCE approche une véritable indépendance, en pratique. « Indépendance », c'est-à-dire influence primordiale du système financier, dont elle fait partie, au détriment de priorités politiques qui relèvent de la démocratie...

C.      Monnaie unique et niveaux inégaux de développement

Imaginons cependant que cet obstacle soit levé, que la BCE adopte une orientation moins nuisible. Après tout, même l'Allemagne aurait intérêt à freiner la course à l'abîme... Mais il demeure que l'hétérogénéité sociale, politique et économique de l'Europe ne permet de monnaie unique que dans une perspective déflationniste.

La Grèce, l'Espagne, L'Italie ou le Portugal, et même la France, ont des niveaux de prix surévalués par rapport à l'Allemagne en particulier, pour des raisons diverses - gains de productivité plus lents, déflation salariale en Allemagne dans les années récentes. De tels écarts n'ont rien d'exceptionnels et se résolvent généralement par l'ajustement des parités monétaires. Or le SME, puis l'Euro, ont « gelé » ces différences de prix. Que s'est-il alors passé ?

Chômage chronique et élevé en Europe du Sud, tertiarisation accélérée. L'endettement privé puis les déficits publics ont explosé, facilité par la « confiance » dont bénéficiait l'euro. Ces pays ont ainsi reculé l'échéance jusqu'aujourd'hui...  Mais désormais le choix n'est plus qu'entre l'explosion du chômage et la déflation massive des salaires - avec à terme la désertification de certaines zones, vidées par l'émigration, sur le modèle du Mezzogiorno italien.

Le maintien dans l'Euro des paierait d'une crise économique et sociale sans précédent en Europe du Sud (et dans les pays de l'est qui s'obstineraient à suivre la même impasse), et à terme de la contagion de la déflation dans toute l'Europe. L'Allemagne elle-même, privée de ses débouchés à l'exportation, ne pourrait poursuivre sa stratégie de coucou qu'en exportant ses excédents vers d'autres zones.

Dans une zone monétaire homogène comme la Zone Euro, le passager clandestin est roi. Le dumping fiscal et social réduit les coûts des entreprises nationales sans affecter leurs débouchés dans le reste de la zone. Inversement, les politiques de relance sont détournées par les exportations des Coucous. Le néolibéralisme n'est pas une option dans une telle configuration, il en est la substance même.

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II.                L'impérative déconnexion financière

La cause est entendue - du moins intellectuellement. L'Euro est une construction indéfendable qui ne se survivra qu'à un coût toujours plus élevé. Le retour à des monnaies nationales restaurerait la compétitivité des États et leur capacité à engager des politiques économiques actives. Du moins sous certaines conditions, car la libération de l'Euro ne nous émanciperait pas automatiquement de la dictature de la finance.

A.     L'échec des systèmes de change

Depuis 1971, aucun système de changes n'a pus résister aux flux spéculatifs qui déstabilisent les parités monétaires, assèchent les marchés de capitaux, gonflent les dettes et les bulles. Tolérance des banques off shore opérant en dollar dès la fin des années 1960, prolifération des « paradis » financiers en tous genre opérant sans contrôle public... les gouvernements ont capitulé sans combat en décrétant que mieux valait s'adapter à ces mouvements de capitaux, qu'une « science » économique mal avisée décrivait à la recherche des investissements les plus efficients pour accélérer le développement mondial... fatale ignorance de la substance même de la spéculation qui a rapidement déployé sa malfaisance : la valorisation autoréférentielle des actifs plutôt que la production. Mais une fois levés le contrôle des changes et la réglementation financière, cette finance proliférante a conditionné l'ensemble de la configuration économique. L'Amérique a financé par miracle des déficits commerciaux insoutenables, pompant depuis 30 ans la production des pays excédentaires et soutenant leurs politiques exportatrices et déflationnistes. La plupart des pays ont conditionné leur politique économique sur le seul objectif d'attirer ces capitaux - taux d'intérêts élevés, « rigueur » budgétaires, déflation salariale. Certains ont réussi à financer ce que les observateurs superficiels ont d'abord qualifié de « miracle » : Amérique Latine, Asie Orientale, récemment Espagne... mais chacun de ces miracles fut suivi d'une crise aussi monumentale que la croissance avait été inespérée.

Le désordre des taux de change est sans précédent. La valeur du Dollar en Franc, pour ne citer que cette exemple, fut multiplié par plus de 2 au début des années 80, puis presque divisée du même coefficient... de sa création à début 2010, l'Euro a gagné jusqu'à 70% face au Dollar...

Dans de telles conditions, aucune politique économique n'est applicable, même avec une monnaie indépendante. Passer de la dictature de l'Euro à celle des capitaux flottants n'est pas une solution.

B.     Éradiquer la finance folle

Un Franc restauré serait le jouet d'intenses mouvements spéculatifs contre lesquels les réserves de la Banque Centrale, ou même des « Fonds souverains » seraient impuissantes. La politique économique serait à nouveau réduite aux mêmes recettes néolibérales pour attirer et retenir les capitaux, préserver le commerce international contre le yo-yo des taux de change, etc.

La seule alternative est de déconnecter radicalement l'économie nationale de ces mouvements de capitaux, quitte à supporter d'intenses difficultés dans un premier temps. Il s'agirait d'établir un sévère contrôle des changes, accompagné de taxes sur les mouvements de capitaux et les opérations boursières. Les opérations avec le reste du monde devraient se réduire aux échanges de marchandises - ce qui suppose en amont un fonctionnement administré des opérations financières.

Ce qui précède ne représente pas forcément un principe d'organisation durable, mais des mesures d'exception nécessaire pour s'extirper d'une économie de rente et de spéculation et retrouver l'indépendance économique. Après cette période de bouleversements, d'autres institutions plus souples verraient probablement le jour.

Le coût d'une telle politique serait réduit si plusieurs pays partenaires s'y engageaient simultanément, mais comme une telle coïncidence est fortement improbable, elle ne peut constituer une condition - sauf à renoncer par avance à ce qui précède.

La réorganisation des échanges commerciaux sur des bases saines est souhaitable, mais résultera de ruptures et de négociations ultérieures. Pour que ces négociations soient possibles, il faudra qu'au préalable les États aient recouvré leur liberté d'action.

La proposition  de transformer l'euro en « monnaie commune » autour de laquelle s'organiseraient les monnaies nationales européennes, avec un système de changes fixes et ajustables, est une possibilité. Mais elle ne s'imposera pas « à froid », car elle suppose une même politique de régulation préalable de la finance et un consensus sur les principes de gestion des taux de change - excluant en particulier les politiques de surévaluation qui ont fait tant de ravages à l'époque du SME et des politiques de sous-évaluations systématiques. En attendant que soient réunies les conditions d'un tel système de change, la meilleure politique serait un flottement contrôlé du «Franc », l'objectif étant le maintien d'une parité raisonnable avec un panier de devises partenaires.

 

La sortie de l'euro est donc bien une nécessité pour réorienter les pays européens vers le plein emploi et la croissance économique. Il est fort improbable malheureusement qu'elle se réalise à froid, dans des conditions satisfaisante de préparation. Elle peut en revanche être imposée par une crise spéculative : si les capitaux flottants désertaient l'Europe, l'Allemagne elle-même pourrait tentée de restaurer un Mark conforme à ses principes de gestion et « attirant » pour les capitaux. Ou bien par une crise sociale et politique, certains états s'émancipant dans l'improvisation du carcan de l'euro.

La sortie de l'Euro est désormais une perspective crédible,  mais  la fin d'une aberration historique ne serait pas forcément la sortie de crise attendue. Au-delà de l'Euro, la restauration de la souveraineté monétaire exige d'en finir avec la dictature de la finance.



[1] Politiques déjà à l'œuvre sous le nom de « désinflation compétitive » sous prétexte de « défendre le franc » au sein du système monétaire européen dans les années 80-90.

[2] Du moins à l'heure où j'écris, les tourbillons spéculatifs menaçant d'emporter le fantasme de l' « Euro fort » dans la poubelle de l'histoire monétaire !

[3] Les gouverneurs de la BCE sont certes nommés par les gouvernements, et ces derniers se « défaussent » volontiers sur la BCE de décisions dont ils sont coresponsables. Mais il reste que les moyens institutionnels d'infléchir la politique de la BCE sont faibles.

 

23:16 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Bonjour Joel,
Une question par rapport à ton dernier paragraphe : si tu déconnectes le franc des autres monnaies, impose un contrôle des changes stricts et une taxation des mouvements des capitaux, il me semble qu'alors le franc deviendrait une monnaie qui n'aurait pas d'autre valeur qu'en France et que la monnaie pour l'exportation deviendrait le dollard.
La comparaison avec les pays du Sud et l'Allemagne ne me paraît pas valable, car sinon on pourrait aussi dire qu'il faut plusieurs monnaies en France car la région parisienne est beaucoup plus riche que le Larzac. Pour moi, il faut garder l'Euro, mais avoir une politique économique commune. Et bien sûr se mettre d'accord au niveau mondial pour empêcher les spéculations de toute sorte, par exemple en taxant fortement tous les mouvements à court terme.
Jérôme

Écrit par : Arnoult Jérôme | 18 mai 2010

Merci pour tes remarques. Je suis d'accord sur ta comparaison avec le Larzac ! A ceci près que le Larzac appartient au même État-Nation que Paris. Libre-circulation des personnes, reconnaissances des mêmes lois et mêmes droits sociaux, politiques d'aménagement du territoire, etc. Sommes-nous prêts, et les autres le sont-ils, à transformer l'Europe en un même État-Nation ? Tu évoques une politique économique commune : sur quelles bases, avec quelle légitimité ? Y a-t-il un projet commun, un élan collectif qui amalgame les peuples d'Europe de la Lettonie à la Grèce en passant par la France et la Roumanie ? Je ne crois pas que les conditions politiques de cette utopie là soient réunies - ce qui ne veut pas dire qu'elles ne le seront jamais. Mais certainement pas en imposant aux peuples une concurrence ravageuse et une monnaie surévaluée qui les désertifie (le Larzac: un idéal de développement pour l'Europe du Sud ?).
La monnaie pour l'exportation deviendrait le dollar, dis-tu. Ce ne serait pas un drame, mais c'est peu probable car tôt ou tard le surendettement des États-Unis et le déclin de leur domination économique déstabilisera ce rôle du Dollar. Je suis plutôt favorable à l'instauration d'une monnaie commune (européenne ? Mondiale ?) vis-à-vis de laquelle graviteraient les autres monnaies et qu'émettrait le FMI ou une institution similaire. c'est le vieux projet de "Bancor" de Keynes. Mais ce projet doit passer par une négociation qui ne sera concevable qu'entre des États ayant retrouvé leur souveraineté monétaire.

Écrit par : J.Halpern | 18 mai 2010

Cher ami, je suis parfaitement incompétent en économie — en tout cas, bien moins compétent que vous. Mais je sais deux ou trois choses en géopolitique : l'euro n'était-il pas la réponse à l'hégémonie du dollar ? Sortir de l'euro, comme vous dites, n'est-ce pas reconnaître une fois pour toutes que nous devons adorer le dieu Dollar ? Les Américains ont combattu l'euro de toutes les manières — sauf en ce moment, parce qu'une baisse trop forte de la monnaie européenne handicape leur reprise (correct ?). Et ils ont installé des chevaux de Troie (Barroso d'un côté, la Pologne d'autre part) pour contrôler cette Europe qui risquait de se montrer trop indépendante (significativement, dans Quantum of solace, le dernier (2009) James Bond, le paiement se fait en euro — le dollar étant jugé trop risqué par les terroristes du film.
Vous dites que les états d'Europe ont des niveaux de développement différents : n'en est-il pas de même des états américains ? Le développement du Wyoming est-il le même que celui du New Jersey ? La dette de la Californie n'est-elle pas plus forte que celle du Kansas ? Hugo parlait (en 1875 et quelques…) des Etats-Unis d'Europe : les problèmes actuels sont-ils vraiment économiques, ou ne procèdent-ils pas d'un manque de volonté politique — c'est-à-dire idéologique, et je ne peux m'empêcher de penser, en ex-mao que je suis, que le facteur idéologique peut, parfois, être plus significatif que le facteur économique…
Bien à vous…

Écrit par : Abraxas | 21 mai 2010

Le dollar est un tigre de papier ! La domination américaine est aujourd'hui contestée par la Chine, avec son industrie dopée par une monnaie sous-évaluée et inconvertible ! Les tenants de l'Euro fort rêvaient peut-être d'accéder au privilège le plus douteux du dollar : celui de payer un déficit commercial croissant avec une monnaie acceptée par le monde entier, au détriment de l'industrie américaine et aux prix d'une pyramide financière dont nous commençons à découvrir les effets ! L'envol de la finance suit plutôt qu'il ne précède celui de l'industrie, et bien souvent en annonce le déclin. L'apogée de la City coïncide avec la fin de l'hégémonie britannique, à la fin du XIXe siècle. La finance explose aux États-Unis avec la désindustrialisation dans les années 80.
Le problème de l'Europe est de retrouver sa compétitivité dans les industries de l'avenir et son autosuffisance dans quelques autres. Et dans cette perspective, l'Euro est le contraire d'une solution ! Pire encore : les efforts frénétiques pour le créer hier ("désinflation compétitive" des années 80-90) et le sauver aujourd'hui (déflation annoncée à l'échelle continentale) détruisent l'industrie, la recherche et le consensus social de l'Europe.
Vous me parlez de géopolitique : précisément, le déclin de l'Europe est en cours, et l'euro est au cœur de ce déclin.

Concernant ce que vous appelez le "facteur idéologique" : je parlerai plutôt de pesanteur historique et culturelle. Mais cette pesanteur est normale, elle est la substance des collectivités humaines. On ne transformera pas par décret l'Europe réellement existante en un seul état-nation, avec tout ce qui s'y rattache : conscience collective, institutions communes... Pas par décret et encore moins en mettant les peuples en concurrence par le marché unique et la déflation. Si l'on veut créer de nouvelles coopérations, de nouvelles mutualisations, des politiques et des institutions communes, il faudra s'y prendre à rebours de l'"Union Européenne".

Écrit par : J.Halpern | 21 mai 2010

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