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28 avril 2012

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : QUADRILLE SUR UN VOLCAN

 Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012 renforcent une ambiance irréelle… alors que la répartition de l’électorat s’est révélée extraordinairement stable, medias et politiques répètent en boucle un discours sensationnaliste inspiré du commentaire sportif. Pour soutenir l’attention, il s’agit sans cesse d’inventer l’évènement qui soutiendra l’attention. Tel n’est-il pas d’ailleurs l’effet des sondages répétitifs qui scénarisent la compétition et l’organisent autour de l’unique question « qui va gagner ? » ?

Le comble du non-sens est atteint lorsqu’on proclame des « surprises » à partir d’écarts aux sondages dont toute personne informée aurait dû connaître l’inévitable imprécision.

En fait, si surprise il y eut, c’est dans l’étonnante stabilité de l’électorat, dans un monde économique et social en plein bouleversement. L’objet du présent article est de replacer ces résultats dans le contexte d’une société déstabilisée par la crise de 2008 et la fuite en avant de la bourgeoisie financière européenne.

I.          Le blocage électoral

          A.         Une surprenante stabilité

          B.         Vote identitaire ou programmatique ?

II.         La déchirure sociale

          A.         L’ébranlement des compromis sociaux

          B.         L’évolution des partis contestataires

          C.         Improbable rupture, impossible stabilité

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Il est probable que les échéances décisives n’attendent pas 2017 – et cette affirmation n’est pas de la rhétorique de campagne électorale mais bien la perception d’une faille sismique majeure sous les pieds des politiciens. Que cette perspective suscite jubilation ou inquiétude, elle accroit l’urgence de construire un paradigme alternatif à celui de l’UMP-PS et de ses satellites.

La campagne de Nicolas Dupont-Aignan est un pas dans cette direction, après la tentative de Chevènement en 2002. Mais cette recherche d’une problématique nouvelle suppose un travail théorique, doctrinal, et la recomposition des identités politiques à défaut de laquelle les tropismes latéraux continueront à paralyser l’action politique. Or si des partis « républicains » échouent dans cette tâche, d’autres la reprendront à leur compte pour un ordre futur conjuguant la domination sociale et le communautarisme.

20:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

27 mars 2011

Cantonales 2011 : dernières manœuvres avant l'élection présidentielle

Le 1er tour des élections cantonales a confirmé les tendances des scrutins précédents :

  • croissance de l'abstention : 55,7% des inscrits (35,3% aux cantonales de 2008) ;

  • Affaiblissement de l'UMP (17% des suffrages exprimés) ;

  • Assez bon résultat du PS (25% seul, environ 30% avec ses satellites « divers gauche » ou radicaux) ;

  • Succès du Front National (15% mais nettement plus dans les cantons ou il présentait effectivement un candidat) et du Front de Gauche (environ 10% dans les cantons concernés).

Ce résultats ne sont évidemment pas complètement comparables avec ceux des élections nationales, vu le poids des enjeux locaux, des notables établis et la faible participation. Toutefois, ces considérations auraient dû favoriser l'UMP et nuire au Front National, les résultats de ces deux formations sont donc significatifs.

Le 2nd tour du 27 mars semble confirmer ces tendances et indique une capacité nouvelle du FN à élargir son électorat au 2nd tour – le réflexe « antisystème » l'emportant sur les réticences vis-à-vis de l'image de ce parti.

 

 

L'expression d'une exaspération populaire

L'abstention et la montée du FN témoignent d'une exaspération croissante de la population, les partis traditionnels peinent à retenir et mobiliser leur électorat potentiel. Le succès du parti socialiste est obtenu par défaut, c'est un effet mécanique du déclin de l'UMP.

Le succès du FN est important car son étiage aux élections de même type est beaucoup plus faible (12% des suffrages exprimés en 2004, moins de 5% en 2008) ; il ne doit toutefois pas être surestimé – les petites élections intermédiaires amplifient souvent les votes « protestataires » qui déclinent ensuite quand les enjeux politiques se précisent sous l'effet d'une campagne électoral majeure ; d'autre part la progression en % est amplifiée par la faiblesse de la participation et rien n'assure que le vote des abstentionnistes de cette année reproduise exactement les tendances de ce premier tour. Une part de cette abstention – l'abstention « traditionnelle » - traduit une réelle indifférence à la vie civique ; une autre part s'interprète comme une relative satisfaction de l'état de chose existant ne nécessitant pas de se mobiliser pour un enjeu mineur (ces abstentionnistes là représentent les « réserves » de l'UMP-PS) ; enfin une troisième abstention, sans doute celle dont la progression est la plus spectaculaire, exprime la désaffiliation vis-à-vis des partis traditionnels. Que cette dernière abstention ne se soit pas transformée en vote FN marque la fragilité de la progression de ce dernier et l'incertitude quant à l'avenir. Plus que le succès du FN, c'est bien l'instabilité et l'imprévisibilité des évolutions électorales qui ressortent de ce premier tour.

 

Des identifications électorales en recomposition

Il faut se souvenir qu'une élection représente l'expression d'une population massivement non politisée, au sens où elle réagit plus au positionnement des candidats qu'à leur programme. Quand Marine Le Pen se présente en défenseur des « petites gens » trompés ou ignorés par les politiciens professionnels, elle est en phase avec un sentiment très répandu qui est au principe d'un tropisme protestataire au contenu confus – chacun ayant ses « idées » ou ses obsessions particulières mais a priori non organisées en un programme censément cohérent comme aiment à le formuler les milieux intellectuels. Contrairement à la représentation naïve que propagent les sondeurs et certains journalistes, l' « électorat » n'est pas comparable à une personne. C'est un agglomérat de décisions individuelles, chacune fondée sur des raisons cohérentes, mais dont le résultat final ne représente aucune volonté ou raison particulière. Un des enjeux majeurs de la compétition électorale est de structurer ces comportements collectifs, de les drainer vers le soutien à des entreprises politiques constituées. Dans ce mouvement, il s'agit de construire des enjeux unifiants, une représentation des questions politiques à la fois englobant les motifs particuliers de chacun et les transformant en soutien à un discours identifiable.

Dans le contexte actuel où le néolibéralisme en crise précarise la masse de la population, les discours conservateurs de l'UMP et du PS (mondialisation, Union Européenne, rigueur salariale, concurrence, etc.) perdent leur propriétés agrégatrices. Si, en gros, les classes moyennes du privé se « reconnaissaient » dans le discours de l'UMP (en résumé : l'entreprise au cœur du contrat social) et celles du public dans le discours du PS (en résumé : liberté individuelle + compassionalisme), cette configuration se dissout quand précarité, régression salariale et concurrence destructrice déstabilisent l'entreprise, et quand les professions qui se croyaient protégées : cadres, fonction publique... se découvrent exposées à la régression sociale et au déclassement.

Bref les classes moyennes arrachée à leurs obédiences traditionnelles rejoignent le maelström de la désespérance sociale en quête de « sauveur suprême ».

C'est dans ce cadre qu'il faut situer les enjeux actuels des campagnes électorales en France : capter, structurer, donner une conscience à la révolte sociale.

 

Une entreprise de communautarisation du politique

Le FN a de longue date choisi de canaliser ce mouvement vers un communautarisme exacerbé, en opposant obstinément depuis une quarantaine d'année Français « de souche » et descendants d'étrangers. Il s'appuie sur une perception immédiate de la société, en deçà de toute analyse mais appuyée sur l'« évidence » de l'apparence. Le chômeur convoite l'emploi occupé par l'immigré et se convainc aisément que sa « francité » (?) lui donne des droits particulier sur cet emploi. Le salarié de même attribue avec bon sens la stagnation de son revenu et les menaces sur son emploi à un travail clandestin massivement effectué par des « minorités visibles ». La victime des incivilités ou de la délinquance opère facilement un rapprochement entre l'apparence « exotique » des fautifs et la nature de leurs actes. Il est aisé de réfuter intellectuellement tous ces amalgames qui forment le racisme ordinaire, mais ils collent au plus près au vécu de personnes en quête de solutions rapides et crédibles à des frustrations bien réelles. La transformation de la crise sociale en conflit communautaire est une pente spontanée de la société – surtout si ne la contrarie aucune autre grille d'interprétation portée par une force politique crédible et cohérente.

Pour cette recomposition communautariste du champs politique français, le Front national bénéficie de la politique convergente d'un islam intégriste qui pense renforcer son implantation parmi les enfants d'immigrés par une stratégie d'enfermement : prières ostentatoires, interdits alimentaires entravant tout rapport social extérieur au groupe, stigmatisation des « déviants » de la communauté et agressivité assumée vis-à-vis des « Français », « Chrétiens » ou « Juifs ». Ce mouvement réfracte la crise sociale sur le même mode que le Front National, la politique se réduit au prisme communautaro-religieux et le repli communautaire fait écho à la stigmatisation opérée par le FN. Ils se renforcent mutuellement car ils se nourrissent du même clivage.

 

Le FN, meilleur ennemi du PS

Le discours désordonné des sarkozistes aide également puissamment le FN. En mettant l'accent sur la dénonciation de l'islam, sur une « identité nationale » confusément définie, l'UMP a validé le credo frontiste. Or sur ce terrain, la crédibilité du FN est bien supérieure à celle d'une majorité associée à toutes les difficultés du quotidien.

De ce point de vue, la stratégie du PS est plus cohérente : se poser en rempart de la tolérance et du « vivre ensemble » contre la menace de déchirement du tissus social que représenterait l'hégémonie des politiques communautaristes.

Car la principale faiblesse du FN est bien celle-là : son communautarisme est à la fois le moteur de son développement et une limite peu franchissable. La société française est « métissée » en profondeur, sans doute plus du tiers de la population est constituée de descendants ou de conjoints des descendants des migrations d'après guerre. Cette situation complique toute entreprise de bouc-émissarisation , car celle-ci supposerait la capacité d'isoler un groupe particulier pour concentrer sur lui colères et frustrations de multiples origines. Or en l'état actuel des choses le déchirement de la société serait trop profond pour emporter une adhésion majoritaire. La politique du FN concentre des craintes trop multiples pour le mener au pouvoir – la meilleure illustration étant sa totale incapacité à accroître son électorat au 2nd tour de l'élection présidentielle de 2002. Le PS peut donc se satisfaire d'une progression du FN qui lui assurerait des succès électoraux faciles dans l'avenir (le fameux « 21 avril à l'envers ») .

 

Vers un « recentrage » des alternatifs ?

Le Front National est visiblement conscient du problème. L'inflexion de son image ne date pas de la succession dynastique à sa tête, mais des lendemains des présidentielles de 2002 où s'est affirmé un discours plus social et une timide ouverture à certaines populations issues de l'immigration. Sur le plan international, un discours « anti-impérialiste » et une opposition à l'euro viennent brouiller les cartes et désarmer les autres partis alternatifs. Marine Le Pen a annoncé vouloir mener sa campagne présidentielle sous l'égide d'un « rassemblement » qui l'émanciperaient de l'image « extrémiste » de son parti et faciliterait le report sur elle, au premier comme au second tour, de voix « antisystème » jusqu'alors repoussées par l'unidimentionnalité communautariste du FN. Le « recentrage » recherché ne doit pas s'interpréter comme la dilution dans une position « centriste » (ce « triangle des Bermudes » de la vie politique) mais plutôt une position « centrale », susceptible de polariser des électeurs éloignés à la recherche du « moindre mal ». La progression en voix du FN au 2nd tour de ces élections cantonales serait un premier effet de cette politique.

Cette manœuvre prélude-t-elle à un changement radical d'orientation ou n'est-elle qu'une habileté tactique pour mettre en œuvre une politique inchangée ? La seconde hypothèse est la plus probable, compte tenu de la persévérance idéologique du FN et les facilités permises par la bouc-émissariation des « immigrés » en cas d'arrivée aux affaires.

Quoi qu'il en soit, la polarisation du débat politique autour de l'islam et de l'immigration dessine clairement une bipolarisation FN/PS. Les autres partis alternatifs sont marginalisés dans cette configuration.

Seconde force alternative à l'UMP-PS, le Front de Gauche a certes progressé, mais il reste handicapé par sa division intérieure. Les notables communistes restent fixés sur les accords de 2nd tour, le premier n'étant que le prélude à la négociation des postes. Cette pratique a laminé le PC depuis 30 ans en lui interdisant toute opposition conséquente à la version « socialiste » des politiques néolibérales. Même la surenchère sociale ne gonfle plus son électorat dérouté par les ralliements à répétition au PS. Et les tics idéologiques de la « gauche de la gauche » achèvent de l'isoler du mouvement d'ensemble de la société. Le Parti de Gauche et Mélenchon basent au contraire leur stratégie sur une opposition radicale à l'hégémonie du PS sur la « gauche ». Rassemblement dans un premier temps d'une gauche antisocialiste, puis construction d'une nouvelle Union de la Gauche sur cette base - ce qui supposerait à terme d'effectuer à terme un recentrage comparable à celui du FN pour capter la révolte sociale en quête d'expression politique mais repoussée par la culture politique gauchiste. Or les nécessités du premier temps de l'opération (regrouper la « gauche de la gauche ») complique l'amorce d'un second temps (constituer un pôle structurant du champs politique). Le PG et le PC se retrouvent sur la nécessité de « peser » aux premiers tours, mais à l'évidence leurs objectifs divergent au delà. Il en résulte une relative paralysie du Front de Gauche, Mélenchon peine d'autant plus à incarner une véritable alternative que ses « coups de gueule » s'arrêtent avant l'énoncé d'un programme qui mettrait à mal les compromis d'appareil. Sans doute un succès électoral accroîtrait du même coup sa marge de manœuvre pour s'émanciper du PCF, mais c'est justement ce que redoute une partie de celui-ci.

Quant aux autres partis, ils sont pour l'instant incapables de structurer l'opposition populaire au néolibéralisme. Au delà des limites de leurs programmes, ils sont encore dépourvus de la « masse critique », de la visibilité qui les constitueraient en option. En politique aussi , le capital va au capital et l'accumulation primitive est difficile et ingrate.

 

L'enjeu des prochains mois sera donc le renforcement ou non de l'ethnicisation de la vie politique, qui conduirait à une bipolarisation durable Front National / PS. Cependant, l'abstention massive, le petit succès du Front de Gauche (ou plus modestement de Debout La République) suggèrent que la messe n'est pas dite et que d'autres clivages peuvent s'imposer d'ici 2012.

21:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)