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01 avril 2012

Les lunettes du crime

L’ « affaire Merah » est le prétexte d’une nouvelle vague de dénonciations et d’amalgames contre l’islam, et plus particulièrement les Français de confession musulmane.
La pratique de l’islam de certains Français pose en effet problème. Ils plaquent leur ressentiment et leurs frustrations, formés dans la marginalisation sociale, le chômage de masse et l’assistance, sur un discours religieux formé dans des contextes incommensurables : conflit israelo-palestinien, guerres civiles et crise sociale de l’Algérie à l’Afghanistan. Les jeunes islamistes « des banlieues » singent ces situations extrêmes comme les enfants de la bonne bourgeoisie pré-soixante-huitarde se sont naguères pris pour des gardes rouges. Cette réinterprétation délirante redouble la stigmatisation sociale d’une stigmatisation culturelle justifiée. Et sur cette base prolifèrent les prédicateurs d’occasion, excités du bocal reconvertis dans le prêche flamboyant et l’incitation au crime.
Cette situation mérite d’être analysée et les incivilités des voyous cachés derrière des prétextes religieux méritent bien entendu d’être dénoncé et sanctionnées par la loi quand c’est nécessaire. Mais l’ « affaire Merah » ne relève pas de cette problématique.

On nage dans une surinterprétation caricaturale ; à toutes les époques et sous toutes les latitudes les sociétés ont sécrété d'exceptionnels cinglés, serial killers, anthropophages et autres congélateurs de nourrissons... Rien, heureusement, n'indique que ces pathologies soient devenues plus fréquentes. Merah a choisi l'islam pour habiller ses tentations homicides comme d'autres en d'autres temps eussent choisi le gauchisme ou l'extrême-droite. La frange extrême des fanatiques de l'islam a cru se donner une crédibilité en revendiquant ces actes, comme l'eussent fait naguère les Brigades Rouges au nom d’une toute autre idéologie. Mais ces crimes sont entrés en résonnance avec un discours électoral et médiatique avide de diversions.
La société du spectacle ne diffuse l’information que suivant la scénographie des films-catastrophes. Les medias poussent à l’extrême le penchant paresseux du téléspectateur. La réforme du système financier, la politique salariale ou les projets fiscaux ne sont pas porteurs. Suivant leurs propres tropismes idéologiques, politiciens et journalistes politiques présentent chaque fait divers saillant comme un "signe" de leur obsession habituelle, en comptant sur la consternation des spectateurs pour donner un semblant de crédibilité à leurs interprétations... Il est plus facile de jouer les gros bras contre le terrorisme que de justifier un bilan politique peu flatteur ou un programme de circonstance.

La mise en scène de l’élimination du tueur, sous la supervision ostentatoire du Ministre de l’intérieur, relève d’une lourde stratégie d’instrumentalisation (qui s’est d’ailleurs retourné contre ses auteurs vu les « ratés » de l’opération). Le Front national ou le candidat Sarkozy y ont vu un support opportun pour diaboliser un "islamisme" fantasmatique -  qui ne prospère (comme le Diable) que des invocations qu'on lui adresse !
Exciter le public en prétendant que Merah était "représentatif" de quoi que ce soit, c'est justement s'acharner à faire advenir ce qu'on prétend dénoncer. Semer la haine contre les musulmans pour s'étonner en suite qu'ils réagissent en revendiquant leurs particularismes - faute d'une intégration qu'on leur refuse. Transformer un fait divers en menace terroriste globale pour évincer toute réflexion des électeurs, déroutés par les déferlements d’évènements dont l’horreur masque pour un temps l’exceptionnalité. De la gestion électoraliste d’un fait divers, nous avons glissé insensiblement vers une campagne de promotion du communautarisme.


Dans "Invasion Los Angeles", science-fiction bas-de-gamme américaine, des lunettes adaptées révèlent en de nombreux habitants de la ville des monstres aliens, à exterminer avec allégresse et sous les applaudissements du public. Notre dérive politico médiatique ne préfigure-t-elle pas de telles lunettes du crime ?