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24 août 2011

LA RÈGLE DE PLOMB : L’IMPOSSIBLE INTERDICTION DES DÉFICITS PUBLICS

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 La volonté du gouvernement Sarkozy d’imposer au Parlement le vote d’un nouveau principe constitutionnel pour imposer l’équilibre budgétaire prête évidemment à sourire : Selon la formule de Superno, « Sarkozy qui donne des leçons d’équilibre budgétaire, c’est carrément DSK qui donne des leçons de chasteté. ». Le déficit public moyen fut de 5.9 % du PIB en 1993-94, quand il était ministre du budget d’Édouard Balladur, et de 2007 à 2009 ce déficit se montait à 4.5%, la moyenne 1978-2009 n’étant « que » de 3%.

On peut expliquer ce paradoxe comme une manœuvre de plus pour purger le budget des services publics, suivant la stratégie bien connue des néolibéraux pour démanteler l'État-Providence et en redistribuer les reliefs aux grosses entreprises et au secteur financier, via les privatisations, les baisses d’impôts et les intérêts de la dette publique. À l’évidence un tel résultat ne chagrinerait pas nos gouvernants, mais leur schizophrénie présente tient davantage à l’aberration que représente un principe d’équilibre budgétaire en période de crise aigüe. Soyons juste, ni la crise de 1993 ni celle que nous traversons aujourd’hui ne sont de la responsabilité particulière de N. Sarkozy ; le ministre du budget de 1993 et le président actuel se sont simplement abstenu d’aggraver encore le désastre en appliquant la « règle d’or » - nommons la plus justement : règle de plomb -  aujourd’hui annoncée mais, paraît-il, « exigée » par des marchés auxquels l’on prête pour l’occasion une bien improbable conscience.

Les intentions sont des attributs des individus, ou par extension déjà douteuse des organisations. Un « marché » n’est que la résultante d’intentions non coordonnées dont nul ne contrôle le résultat. Donc il n’ « exige » rien, mais ses acteurs sont conscients de l’impasse des politiques en vigueur depuis 30 ans et se débattent pour tirer le meilleur parti financier de l’approfondissement de la crise que tous anticipent. Aujourd’hui affolés par la perte de contrôle de certaines dettes publiques, ces opérateurs le seront tout autant des conséquences des politiques de purge (présentées par antiphrase comme politiques « de rigueur »).

Pourquoi est-il aberrant de prétendre constitutionnaliser l’équilibre budgétaire ?

En premier lieu, parce que c’est antidémocratique. Une constitution a vocation à fixer des règles du jeu, mais pas à figer une politique particulière. De bonnes et de mauvaises raisons justifient que les gouvernements recourent périodiquement à des déficits, mais c’est au peuple de juger ces politiques lors des élections.

Ensuite et surtout, une pareille règle  entrainerait l’irrémédiable tiers-mondisation du pays qui s’aventurerait à l’appliquer. Le recours au déficit ne provient pas d’une gabegie, extraordinairement durable et coordonnée, des gouvernements occidentaux, mais d’une nécessité profonde, occultée par les théories néolibérales établies mais sans cesse réactivée par la pratique même des gouvernements qu’elles inspirent.

Table des matières

 

I.        Théorie et pratiques des déficits publics. 3

A.      Le rôle stabilisateur des déficits. 3

1.       La correction du « cycle des affaires ». 3

2.       Regards sur le déficit de 2008-10. 5

B.       Le poids du service de la dette. 7

C.       Comment les politiques néolibérales créent le déficit. 9

1.       Le fléchissement des recettes publiques. 9

2.       La compression des salaires. 10

II.       Le boomerang de la dette publique. 12

A.      La dynamique de la dette publique. 12

1.       Les effets redistributifs de la dette. 12

2.       La dette est-elle en passe d’échapper à tout contrôle ?. 13

B.       La gestion de la dette face à la spéculation. 14

1.       Les « marchés financiers » risquent-ils de bloquer le refinancement de la dette publique ?  15

2.       Les dilemmes de la gestion de la dette. 15

III.      Politique budgétaire et sortie de crise. 17

A.      Récapitulatif des impasses néolibérales. 17

B.       Le financement direct des déficits par la Banque Centrale est-il inflationniste ?. 18

C.       Quelles politiques budgétaires ?

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10:34 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3)

28 juin 2010

LA BOÎTE DE PANDORE (Introduction)

LA BOÎTE DE PANDORE : RÉFORME DES RETRAITES OU AJUSTEMENT NÉOLIBERAL ?

J’avais promis à quelques amis et à mes étudiants de produire une synthèse de mes réflexions sur les retraites. Comme souvent en pareil cas la promesse m’a entraîné dans un article beaucoup plus conséquent qu’envisagé. La retraite concentre les contradictions culturelles et macroéconomiques du néocapitalisme. Démonter les enjeux de son financement impose de remonter les engrenages d’un système économique intégré, dont les éléments ne peuvent être isolés de la logique d’ensemble. Toucher – ou ne pas toucher – aux retraites, c’est diffuser une onde de choc qui se propagera dans tous les compartiments de la vie économique et sociale.

Au conseil européen du 15 mars 2002, le président Jacques Chirac et le premier Ministre Lionel Jospin avaient souscrit à l’engagement européen suivant : « d'ici 2010 augmenter progressivement d'environ 5 ans l'âge moyen effectif de cessation d'activité professionnelle (58 ans actuellement) ».

L’actuelle réforme (pour l’essentiel : réduire le montant et la durée des pensions) s’inscrit bien dans une stratégie d’ensemble. J’appellerai « néolibéralisme » le complexe idéologique aujourd'hui dominant qui inspire la politique de la plupart des pays développés. Il se caractérise en résumé par la reprise de raisonnements traditionnels ultralibéraux et un recours à l’état immodéré (et paradoxal sur le plan des idées). Ses tenants s’orientent sur des enjeux globaux vis-à-vis desquels la question des retraites n’est qu’un regrettable abcès de fixation. Un verrou à faire sauter dans un beaucoup plus vaste programme de financiarisation de l’économie et de la société.

Difficile dans ces conditions de m’en tenir à la concision qu’une gestion rationnelle de mon agenda (et de celui de mes lecteurs) eut pourtant du m’imposer.

Voici en quoi consistera mon argumentation (cliquez sur la présentation pour accéder au texte complet) :

 

1. L’évolution démographique ne pose en elle-même aucun problème financier qui imposerait les réformes actuelles, leurs motivations sont à rechercher ailleurs. Les points 2, 3, 4 et 5 exploreront les considérants de cette remise en cause. Le point 6 évoquera les conditions d’une autre politique des retraites.


2. La constitution d’une « classe de loisirs » après 60 ans remet en cause la marchandisation générale des activités humaines qui est la substance du capitalisme. La retraite est seulement conçue comme un gaspillage de main d'œuvre et un prélèvement sur l’économie, alors qu’elle constitue aussi un point nodal du lien social et un moteur du changement des rapports sociaux.


3. Le système de retraite par répartition se fonde sur un contrat social entre les générations, à rebours de l’imaginaire individu autosuffisant du néolibéralisme ; il soustrait le montant des cotisations à la gestion des institutions financières et au soutien des « marchés ». Mais la retraite par capitalisation s’avère incertaine et macroéconomiquement indésirable.


4. Si la réforme se focalise sur la réduction des pensions, c’est essentiellement pour enrayer la pression des cotisations sur les charges des entreprises ; la priorité est la réduction de ces dernières pour soulager les entreprises de la double pression de la finance et de la concurrence internationale.


5. La crise globale commencée en 2008 redouble ces conditions d’une urgence financière, personnifiée par « les marchés » et le châtiment qu’ils sont supposés infliger aux pays « déficitaires ». Les retraites deviennent alors l’otage d’une politique indiscriminée de réduction des déficits. La combinaison de l’allongement de la vie active et de la contraction de l’emploi oriente de plus cette réforme  vers une précarisation accrue des carrières professionnelles.


6. Cependant, la gestion des retraites par répartition, et de la Sécurité Sociale en général, pourraient redevenir un instrument d’une politique structurelle de soutien à la demande et de réorientation des charges dans un sens plus favorable à l’emploi, mais sous condition d’une réorientation d’ensemble des politiques économiques.


7. La conclusion de cette analyse sera que la question de l’organisation de la retraite est un choix collectif qui doit être envisagé en tant que tel, alors que les conditions actuelles de réforme interdisent un tel choix au nom des contraintes systémiques du néocapitalisme.

 


10:42 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2)