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28 mai 2012

L'antimodèle allemand

Après des mois d’odes à la rigueur, et devant la dépression qui n’en est que la conséquence logique et prévue, les dirigeants européens – à l’exception d’A. Merkel - entonnent désormais le refrain de la relance dans le sillage des promesses électorales de F. Hollande. Comme l’ancien discours n’a pas pour autant été récusé, il en résulte des figures de style assez paradoxales comme  le « nouveau pacte qui alliera la réduction nécessaire des dettes publiques avec l'indispensable stimulation de l'économie » (discours d’investiture de F. Hollande).

L’Allemagne toutefois semble peu sensible à cette nouvelle musique si discordante par rapport à la célébration encore toute récente de la « rigueur » qu’elle incarnerait. C’est justement ce « modèle » que nous nous proposons d’éclairer ici, et par la même la difficulté de faire émerger un consensus européen dans la gestion de la monnaie unique.

Texte complet : cliquez ici

I.             Des indicateurs économiques flatteurs 

A.        La résistance industrielle.

B.        La robustesse financière.

II.        Les limites du « modèle ».

A.        La fragilité des performances industrielles.

B.        Des conditions démographiques spécifiques.

C.        Stagnation des salaires et pauvreté grandissante.

III.       Impasse allemande, dislocation européenne.

A.        Le passager clandestin de l’Europe.

B.        Des réformes à contre sens.

C.        La destruction de la Zone Euro.

 

On se souvient qu’en 1990, le Président de la Bundesbank, Karl Otto Poehl, avait dû manger le chapeau de l’orthodoxie monétaire pour convertir les marks de l’ex RDA en marks de l’Allemagne unifiée. Mais l’Europe représente-t-elle pour l’Allemagne une « raison d’État » comparable à la réunification ? D’autant que la dynamique d’une telle opération est extrêmement incertaine. Il faudrait relancer l’économie des pays sinistrés par les exportations – donc par des importations allemandes – en d’autres termes inverser le sens des transferts à l’œuvre depuis les débuts de l’Union Monétaire : l’inflation soulagerait les pays surendettés mais spolierait les rentiers allemands et une forte augmentation des fonds structurels européens (financés en premier lieu par l’Allemagne !) devrait venir harmoniser les infrastructures de la zone.

Et rien ne garantit que les écarts de compétitivité se réduiraient pour autant, puisque les causes structurelles d’inflation demeureraient plus fortes en Europe du Sud qu’en Allemagne.

Si l’on complète ces considérations par l’hypothèse vraisemblable que la majorité des élites allemandes ne comprennent pas les contradictions de leur mode de développement et restent convaincues que les excédents commerciaux sont la juste récompense d’une saine gestion, l’on ne peut qu’être très dubitatif sur les chances d’une relance par le haut du fédéralisme européen.

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23:29 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1)

03 janvier 2009

La crise du capitalisme spéculatif (III) : réorienter le capitalisme

 

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La question du marché n’est pas celle de sa généralisation, mais de la construction de son efficacité pour les objectifs que se fixe la société. Si l’on interprète correctement la parabole de d’Adam Smith, il s’agit de construire des systèmes d’incitations orientant les individus vers des objectifs et des moyens convergents avec l’intérêt général. Les conditions du marché smithien sont relativement bien connues[1] : solidité de l’arrière plan juridique (contrats, concurrence…), sécurité publique, anticipations autovalidantes de croissance économique[2], etc. Mais les conditions des nouveaux marchés générés par le changement social et technologique restent à réunir : monopoles liés aux fortes économies d’échelle, services publics, produits aux propriétés cachées[3]. Bref, si l’on prend au sérieux Adam Smith, il s’agit aujourd’hui de construire de nouveaux dispositifs institutionnels et culturels pour coordonner intérêt individuel et intérêt collectif – comme ce fut justement le cas dans les années préparant la Révolution Industrielle en Grande-Bretagne. Agiter la pseudo-opposition entre « l’État » et « le Marché » n’apporte aucune solution à ce problème, bien au contraire !

En l’état actuel des choses, la réponse des pouvoirs publics à la crise a été à la fois vigoureuse et superficielle. Il ne s’agit que de faire en sorte que les choses rentrent « dans l’ordre » - alors même que cet ordre s’est avéré désastreux comme nous l’avons montré en première partie, et génère forcément des crises destructrices comme nous l’avons montré en 2e partie. Nous décrirons donc sommairement l’état des réactions politiques à la crise, puis nous tenterons de formuler quelques propositions pour rompre avec ces logiques mortifères.

 

I. La gestion libérale de la crise

Les premières semaines de la crise financières ont montré que la quasi-totalité des gouvernements étaient prêts à une intervention massive pour enrayer la spirale de l’effondrement, quitte à remiser la phraséologie « libérale ». Ce qui est moins réjouissant, c’est qu’ils se montrent aussi réceptifs aux appels au secours de la finance qu’ils l’étaient naguères à ses injonctions de « laisser-faire ». Libéralisme, interventionnisme se révèlent de simples habillages rhétoriques d’un habitus inchangé de soumission au monde des affaires…

Ce déficit d’autonomie intellectuelle, cette perméabilité aux groupes de pression, ne prédispose guère le personnel politique à engager les réformes profondes qu’exige la situation. À l’évidence, sa seule perspective est de renflouer et de « moraliser » un système préservé à l’identique. Recapitaliser les banques, rétablir la confiance et attendre que la peur soit retombée pour voir fleurir de nouvelles bulles pleines de promesses…

A. La gestion de l’urgence

Les mesures de ces dernières semaines vont dans ce sens. Les banques centrales rachètent à guichets ouverts des créances douteuses et réduisent drastiquement leurs taux de base. Garantie ou rachat de créances douteuses, pour les mesures a minima, prise de contrôle des banques en perdition pour ce qui est des politiques un peu plus conséquentes mises en œuvre en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Le but est de recréer les anticipations optimistes qui ranimeraient le crédit interbancaire d’abord, le crédit à l’économie ensuite.

Les politiques sont toutefois sensiblement différentes dans le monde anglo-saxon et dans la zone euro. Cette dernière, une fois de plus, se révèle comme le dernier réduit du monétarisme. Les États-Unis et le Royaume-Uni se résolvent à des nationalisations de fait leur donnant la maîtrise du capital des établissements en défaut de paiement, les plans de relance sont quantitativement significatifs et il semble que la nouvelles administration américaine s’apprête à les amplifier encore, et les étendre à l’ensemble de l’industrie[4]. Ce n’est pas tant une divergence de fond qui sépare ces politiques – les unes et les autres mises en œuvre par les artisans de l’ultralibéralisme financier depuis 30 ans – qu’une conscience plus tardive des enjeux de la crise en Europe, qui réagit avec réticence à l’impulsion lancée aux États-Unis par le plan Paulson et s’accroche à une vision du laisser-faire que les américains ont sans doute propagée, mais sans vraiment y croire pour leur part.

 

Concernant plus particulièrement la France, le contraste est saisissant entre les mesures annoncées et la logorrhée réformatrice du Président Sarkozy.

· Financer les banques sans entrer dans leur capital est un gouffre pour les finances publiques, privées de la perspective aussi bien de revendre leurs participations dans des jours meilleurs que de peser directement sur la réorganisation du secteur. Il s’agit très exactement de socialiser les pertes en garantissant les profits privés, ce qui est non seulement indécent mais périlleux pour les finances publiques, l’aggravation de la crise menaçant de faire exploser la dette publique sans aucune contrepartie.

· La structure chargée de racheter les actifs douteux devrait être une banque centrale. Prenant acte de l’incapacité de la BCE à jouer correctement son rôle[5], le gouvernement français à mis en place une institution nationale mais celle-ci n’est même pas gérée par le Trésor lui-même : l’utilisation de l’argent public est confié à une structure « indépendante » dirigée par Michel Camdessus, ancien directeur du FMI à l’époque où cette institution ruinait le Tiers-Monde endetté par les ravageuses politiques d’ « ajustement structurel » !

· Concernant les admonestations aux banques pour qu’elles maintiennent leurs flux de crédit : à contre courant des incitations économiques réelles induites par l’implosion du système, elles ne représentent qu’une posture sans contenu. [6]. Les injonctions politiques sont sans effet si elles ne sont pas assorties de moyens de coercition et de la certitude qu’elles s’appliqueront AUSSI aux concurrents.

· Confier le financement des PME à la caisse des dépôts frise le ridicule : 10 milliards d’euros en 3 ans selon le gouvernement, à comparer avec les 768 milliards d’€ d’encours de crédit aux seules sociétés non financières en septembre 2008 (source : banque de France).

· Quant au plan de relance proprement dit, il représenterait (en décembre 2008) à 1.3% du PIB y compris des mesures qui ne prendront effet que les années suivantes. Aux États-Unis, on en est à 5%. On évoque 8 % de déficit budgétaire au Royaume-Uni, tout au plus 4.5 % en France…

B. L’absence de perspective à moyen terme

Au-delà des divergences d’un état à l’autre, cette politique montre une certaine compétence dans la gestion du court terme. Mais elle n’agit que sur les symptômes les plus violents de la crise, et non sur ces racines financières et macroéconomiques. La plupart des gouvernements comprennent visiblement les enjeux, mais sont paralysés par leur attachement (à tous les sens du terme) aux réformes ultralibérales de l’économie engagées depuis 30 ans.

Sur le plan financier, le sauvetage du système de crédit maintient l’essentiel du surendettement croisé qui bloque la reprise, maintenant que s’est dissipée l’euphorie des bulles. Même si les faillites sont reportées à une date ultérieure, le marasme risque de s’éterniser. Ces bulles ne résultaient pas d’un manque de « moralité » ou de « contrôle » des marché : c’est l’autorégulation des marchés elle-même qui produit des bulles destructrices, à partir d’anticipations et de comportements tout à fait rationnels d’agents économiques qui ne font que répondre à des lois structurelles du système. Si les capitaux restent libres de circuler sans contrôle d’un pays à l’autre et de se jouer des réglementations nationales (quand elles existent), si les banques restent libres de multiplier les interventions dans les secteurs spéculatifs de l’économie, alors les bulles se reconstitueront et réinfecteront l’économie réelle.

Sur le plan macroéconomique, restera irrésolue la question de base de la reproduction élargie du capital, à savoir la constitution préalable de débouchés proportionnés à l’augmentation future de la production.

- Le gouvernement français, à ce jour, s’enferre imperturbablement dans des politiques d’austérité (régression salariale, report de l’âge de la retraite, réduction de la couverture sociale, cadeaux fiscaux aux plus fortunés…) qui aggravent à terme les contradictions. Pendant politique du capitalisme spéculatif, le « compromis historique compassionnel » reste en vigueur : alliance de fait entre les 1% environ de la population dont les marchés spéculatifs ont gonflé les revenus, et les catégories exclues de l’emploi normal et assistées par un système de protection sociale de plus en plus polarisé sur « les plus démunis » (« discriminés » en tous genre, lumpenprolétariat combinant RMI et travail clandestin, etc.). Cet humanitarisme bien pensant tient lieu légitimation aux politiques inchangées de démantèlement de l’État-providence hérité des années « fordistes » (1945-75), et entérine l’appauvrissement et la précarisation de la majorité du salariat. D’où un blocage structurel de la dynamique de la demande, qui émane des « classes moyennes » plus que des moins fortunés et des nouveaux millionnaires, plus disposés à placer le produit de leurs stock-option qu’à accroître encore leur consommation.

- D’ambitieux plans de relance, tels qu’envisagés aux États-Unis par l’administration Obama, permettraient de repousser ces contradictions. Les travaux publics, ou la construction d’un système de santé publique, soutiennent l’activité et permettent de ranimer des anticipations favorables des entreprises – à condition toutefois que les États-Unis réussissent à réserver ces nouvelles dépenses à leur marché intérieur, donc à renverser leur tendance au déficit commercial – ce qui nous renvoie à d’autres problèmes comme la crise probable des exportations chinoises.

Mais, même utilisé judicieusement, le déficit budgétaire ne peut tenir lieu de régulation du capitalisme. Depuis trente ans, les dettes publiques n’ont cessé de creuser, les finances publiques intervenant en permanence pour éviter la surproduction menaçante. Privées de l’adjuvant des bulles, ces interventions publiques devraient être encore plus massives pour « porter » une certaine croissance. Dans un système où les états refusent tout usage direct de la « planche à billets », de tels déficits à répétition finiront par être insoutenables. De surcroît, ils contribuent à l’alimentation de l’excroissance financière via les titres de la dette publique, dont les intérêts constituent une redistribution perverse – des contribuables vers les rentiers et les spéculateurs.

II. Échapper au statu-quo ?

Si nous prenons au sérieux la nécessité d’échapper aux enchaînements pervers des booms et des krachs financiers sur fond de délitement de l’économie réelle, deux enjeux sont indissociables : reconnecter la finance à la production, et instaurer des règles de répartition des revenus et de stimulation de la dépense qui contrecarrent les tendances à la surproduction. L’un ne va pas sans l’autre. Nous avons montré que l’économie de spéculation déforme et assèche la production, et réciproquement le défaut de valorisation du capital dans la production tend à le pousser vers des usages de substitution.

A. Séparer le capitalisme de la spéculation

Sur le principe, les remèdes sont faciles à énoncer mais non à mettre en œuvre, moins pour des obstacles techniques qu’en raison de la prévisible résistance du système financier lui-même et de ses lobbies.

1. Endiguer l’activité bancaire

L’activité bancaire devrait se limiter à l’attribution et à la gestion de crédits à l’économie, à l’exclusion de toute activité financière. Le Glass-Steagal Act, abrogé par l’administration Clinton aux États-Unis, séparait ainsi radicalement les activités de banque d’affaire et de banque de dépôt. Il faudrait désormais aller au-delà, pour réaliser l’interdiction aux établissements bancaires d’intervenir directement, ou pour le compte de leurs clients, sur des marchés spéculatifs. Ainsi le financement de la spéculation se tarirait[7].

2. Assécher les marchés toxiques

Il s’agirait ensuite de réduire la « capitalisation spéculative », c'est-à-dire le stock des capitaux captifs des opérations spéculatives. C’est ce stock qui fournit le « carburant » aux spéculations les plus déstabilisantes – par exemple lors des mouvements de fuite des capitaux d’un pays. Et c’est aussi lui qui est susceptible de se dévaloriser soudainement, entraînant les faillites en chaîne que nous connaissons. Comment procéder ?

- les fonds de pension pourraient être avantageusement remplacés[8] par des systèmes par répartition, qui présentent deux énormes avantages : sécuriser les perspectives des futurs retraités, et retirer du marché les gigantesques sommes représentées par leurs cotisations.

- La titrisation devrait être interdite, de façon à solidariser les banques avec leurs débiteurs, d’une part, et de tarir ce marché des créances. Même chose de la plupart des marchés « dérivés » qui échappent actuellement à tout contrôle. Outre leur dangerosité, ils génèrent un monumental stock d’engagements réciproques qui se transforment en exigence de liquidités à la première crise.

- Enfin, éviter de recréer de tels marchés, comme le ridicule projet de généralisation des « droits à polluer », vraisemblable point d’ancrage de la prochaine bulle spéculative[9]

- Les déficits publics devraient également « sortir » des marchés, par le recours à l’institut d’émission, que nous avons déjà évoqué[10]. Par ailleurs, de tels déficits perdraient leur nécessité sitôt restaurées des conditions saines de croissance économique. Le déficit redeviendrait un instrument de « lissage » de la conjoncture, les dépenses publiques ne « relançant » que lors des crises conjoncturelles et se résorbant grâce aux recettes accrues des périodes d’accélération de la croissance. Ils ne constitueraient alors plus la source d’une dette publique perverse et cumulative comme c’est le cas aujourd’hui.

- En matière de devises, il s’agirait de filtrer les mouvements de capitaux. Contrôle des changes et/ou généralisation de « taxes Tobin » visant à réduire la rentabilité d’opérations d’aller-retour à court terme sur les devises[11].

3. Construire de nouveaux instruments pour la politique économique

 

Les techniques du refinancement pourraient elles-mêmes se transformer. Il était devenu inimaginable que les banques centrales réescomptent d’autres effets des banques que des bons du trésor. Or aujourd’hui, sous le fouet de la crise, elles rachètent sans états d’âme les créances les plus douteuses. Pourquoi ne pas prolonger cette situation en instaurant un réescompte d’effets à long terme, permettant aux banques de revendre à l’institut d’émission leurs créances à un taux administré qui constituerait le pivot des taux d’intérêts à long terme[12] ?

Les tâches de la banque centrale s’élargiraient au contrôle des changes. Sans doute les nouveaux instruments informatiques et la multiplication des flux internes aux banques et entreprises transnationales rendent ce contrôle plus difficile que par les passé, mais pas impossible pourvu qu’il bénéficie d’une priorité absolue dans l’architecture réglementaire. Le coût n’est pas un argument contraire : en quoi un renchérissement de quelques pourcent lié au contrôle et à la taxation annulerait-il les bienfaits d’un échange basé sur des avantages comparatifs solides ?

 

Dans la logique des propositions qui précèdent, les marchés financiers conserveraient une place résiduelle, comme lieu de recyclage de l’épargne vers des activités productives, tandis qu’une part plus importante du financement échoirait au système bancaire. Mais ce dernier n’a-t-il pas été accusé de toutes les « rigidités » des années 1970, auxquelles on opposait la « souplesse » des marchés et de leurs décisions décentralisées ? La gestion administrée du financement présente des inconvénients, mais la monnaie est un actif immatériel, qui n’a aucun véritable coût de production. Le « produit » du système bancaire n’est pas la création (il ne s’agit que d’une inscription sur un disque dur) mais la gestion du crédit. Veiller au financement des activités productives et au retour final du flux monétaire (remboursement) en gage d’un usage économiquement efficace. Les instruments du marché sont trop frustres pour discriminer les projets en fonction de leur utilité sociale. Production ou spéculation sont confondus dans le tableau de bord des décideurs financiers. La rentabilité future de l’investissement n’est elle-même pas correctement appréciée car le marché perçoit – parfois – les risques individuels, mais pas les risques systémiques. Il ne s’agit donc pas tant de le supprimer que de l’encadrer, pour concentrer le savoir-faire décentralisé des opérateurs bancaires sur les seules opérations souhaitables macroéconomiquement.

Même d’un point de vue libéral, cette proposition n’est pas plus choquante que l’interdiction de la vente libre des armes, ou des boissons alcoolisées aux enfants. Elle rend tout au contraire possible la constitution d’un marché efficient des services bancaires. Ces dernières décennies, ce dernier s’est montré impuissant à offrir un flux de crédit à la fois régulier et raisonnablement bon marché, en raison des soubresauts spéculatifs, d’une part[13], et d’instruments de refinancement trop frustres d’autre part.

Le renversement de la « convention ultralibérale » qui a formé le système financier, modelé les savoir-faire de ses agents et structuré leurs réseaux d’intérêts, suppose peut-être une nationalisation de l’essentiel du secteur aux fins de le réorganiser et de bâtir les digues qui le canaliseront vers les tâches que nous avons définies. À moyen terme cependant, un secteur nationalisé poserait sans doute plus de problèmes de contrôle et de gestion qu’il n’en résoudrait et l’État aurait tout intérêt à privatiser des banques une fois celles-ci profondément réformées et solidement encadrées[14].

B. Reconstituer une convention de croissance

Au-delà de la question financière, il s’agit de reconstituer des enchaînements macroéconomiques vertueux pour renouer durablement avec la croissance et le plein emploi. Nous ne reviendrons pas sur les plans de relance conjoncturels qu’appelle la crise[15].

1. Ajuster la demande au PIB potentiel

Pour se réaliser, la croissance virtuelle permise par la mobilisation des facteurs de production et le progrès technique doit rencontrer des débouchés intérieurs en expansion. Cette expansion ne se réalise que via l’anticipation de cette production dans les dépenses.

- Indexation des salaires sur la productivité tendancielle, par l’intermédiaire d’une conférence salariale annuelle et des conventions collectives obligatoires dans chaque branche ;

- Dépenses publiques d’infrastructures planifiées pour répondre aux nouveaux besoins[16] : aménagement urbain, préservation de l’environnement (isolation du logement et équipement d’énergies alternatives, équipements pour la généralisation de moteurs électriques, développement des transports en commun, ferroutage...), etc.

- Développement de l’emploi public, d’une part parce qu’il répond à des carences croissantes (santé, université, police, justice, armée[17]…) et d’autre part dans la mesure où il s’assortit de conditions de stabilité et de carrière favorables aussi bien macroéconomiquement que socialement. Les contrats privés devraient eux-mêmes être remodelés et sécurisés.

- Étendre et réformer la protection sociale en la sortant de l’assistanat : instauration d’un revenu minimum d’existence[18], unification et extension du régime général d’assurance maladie et des retraites par répartition. L’objectif est de développer une demande indépendante de la conjoncture économique et dont le solde budgétaire renforcerait les relances conjoncturelles.

2. Du côté de la production proprement dite,

L’objectif est de réduire le coût relatif de l’emploi, ce qui augmenterait son niveau toutes choses égales par ailleurs. Pour que ces mesures ne compromettent pas la dynamique de la demande, les charges sociales ne devraient pas être réduites – au total leurs poids devrait au contraire augmenter à terme. Elles pèseraient intégralement sur la valeur ajoutée déduction faite d’un salaire de base (SMIC) par emploi[19].

La tarte à la crème du « soutien aux PME » fait partie de tout discours politique, mais il faudrait de passer de la ritournelle électorale à une véritable réforme. Nous avons déjà parlé de la réforme financière ; ajoutons que le cahier des charges des nouveaux établissements bancaires devrait inclure des conditions égales de crédit aux PME[20]. Les mesures de déplacement des charges profiteraient tout particulièrement aux très petites entreprises travaillistiques, et pourraient être complétées par une réforme fiscale plus générale. Enfin, les circuits de distribution devraient être corrigés de manière à communautariser l’accès au marché (mise en place de centrales d’achat à participation publique ?).

La recherche-développement publique devrait s’accroître fortement, de manière non seulement à stimuler l’innovation en général, mais à la diffuser rapidement, hors du système des brevets, à toutes les entreprises concernées. Il s’agirait aussi d’étoffer le réseau d’enseignants-chercheurs dont les savoir-faire se nourrissent mutuellement et imprègnent le reste de la société, via l’enseignement[21].

III. Institutionnaliser la politique de croissance

Les mesures qui précèdent supposent une remise en cause radicales des conventions qui structurent le capitalisme actuel. Elles nous semblent suffisamment cohérentes pour esquisser un régime d’accumulation viable, mais celui-ci devra s’adosser à de nouvelles institutions, tout particulièrement dans la phase d’établissement de nouvelles convention et de nouvelles routines.

A. Une planification des politiques publiques

Le plan a disparu du vocabulaire politique et économique dans la déferlante ultralibérale. Il s’agit cependant d’une institution essentielle pour stabiliser les anticipations des acteurs privés et consolider les nouvelles conventions. Politiques structurelles et investissements publics doivent être définis sur une durée significative (5 ans ?) et s’imposer à l’État et aux administrations publiques. Les objectifs attendus du secteur privé doivent aussi être explicites, non pour les imposer administrativement mais pour les intégrer aux anticipations. Les mesures administratives doivent être réduites au minimum, car tout commandement impératif suppose des contrôles rapidement inefficaces dans une économie complexe. En revanche, l’explicitation des objectifs rend prévisibles les mesures de politique économiques et peut s’imposer comme référence dans les conventions implicites qui ordonne les comportements. Ceci suppose que l’ensemble des acteurs économiques soient intégrés à l’élaboration du plan : représentants des branches d’industrie[22], syndicats de salariés, collectivités locales, etc.

B. Un protectionnisme flexible 

Comme le plan, le protectionnisme passe pour un gros mot dans la novlangue ultralibérale. Or les théories au principe du libre-échange restent muettes sur deux questions-clés des échanges contemporains : la déformation des taux de change sous l’effet des mouvements de capitaux et la « contrainte extérieure » que fait peser une forte ouverture commerciale sur les politiques économiques nationales[23]. Nous avons déjà évoqué les mesures qui permettraient d’abriter l’économie nationale des mouvements erratiques de capitaux, le complément en est d’admettre des mesures de taxation des importations en provenance de pays à taux de change manifestement sous-évalué. De même un dispositif doit protéger les politiques intérieures d’effets néfastes sur le solde commercial, par exemple des tarifs douaniers mobiles en fonction du différentiel de croissance. Ces mesures ne remettent pas en cause les échanges produits par les avantages comparatifs ou l’innovation, mais ceux que la théorie libérale elle-même[24] considère comme indésirables.

C. Sortir du piège européen

L’Union Européenne représente un obstacle spécifique à toute volonté de réorienter les politiques économiques. Partout, certes, les privilégiés de l’économie dérégulée ont cherché à soustraire leurs "acquis" aux aléas de l’alternance politique en leur donnant valeur de « droits fondamentaux » ou de règle constitutionnelle. La plupart des systèmes juridiques interdisent par principe les nationalisations, ou les assortissent de conditions draconiennes. La Cour Suprême aux États-Unis, ou le Conseil Constitutionnel en France, veillent à verrouiller le système économique.  D’une manière ou d’une autre, toute réforme sérieuse suppose de bousculer ces institutions, voire de réviser radicalement leur domaine de compétence. Ce qui pourrait se révéler beaucoup plus facile qu’il ne le semble sous la pression d’une crise profonde ou d’un mouvement populaire.

Mais l’Europe a ceci de spécifique que TOUTES ses institutions, TOUS ses traités fondateurs relèvent de la même obsession de constitutionaliser les dogmes ultralibéraux. L’Europe est un pur produit du néolibéralisme : l’affaiblissement des états n’est pas compensé par le développement d’un pouvoir supranational, au contraire d’éventuelles velléités nationale d’infléchir la trajectoire sont rapidement étouffées par l’isolement. Si le changement politique se synchronisait dans l’ensemble de la zone euro, on pourrait certes imaginer une remise en cause collective des traités. Mais compte tenu de la persistante division entre états-nations, s’affranchir de ces politiques suppose de violer les traités contre l’avis des autres états – bref, de jure ou de facto, sortir de l’Union Européenne. L’on peut toujours imaginer une « autre Europe », mais s’il s’agit d’envisager des politiques alternatives au néolibéralisme, celles-ci ne prendront corps (dans un premier temps au moins) qu’à l’échelle nationale et devront donc briser le carcan des traités européens – donc oser la rupture.

Cette nécessaire libération du carcan européiste ne signifie nullement un refus de principe de la coopération internationale. Tout au contraire des accords internationaux sur les principes que nous avons énoncés en faciliteraient grandement l’application et les renforceraient par l’extension des marchés intérieurs structurés par la nouvelle convention. Mais cela suppose de faire table rase des traités ultralibéraux et d’envisager des accords régionaux sur des bases totalement inverses : le rapprochement passerait pas l’harmonisation des institutions économiques (politique salariale, fiscalité, protection sociale, planification, protection extérieure, etc.) préalablement à la pleine ouverture du marché[25].

Une même attitude devrait prévaloir vis-à-vis des autres institutions internationales : OMC, FMI, etc. ; appuyer toutes les réformes facilitant l’application de régulations nationales progressistes, et oser se retirer de celles qui impuissanteraient les politiques économiques nécessaires. Bref : faire l’inventaire sans apriori de la mondialisation.

 

 

 

Pour provisoirement conclure…

L’auteur de ces lignes passera certainement pour un dangereux hurluberlu pour nombre de lecteurs habitués aux « évidences » de la « science économique » dominante et / ou du discours « révolutionnaire ». La pensée économique est engluée dans un conformisme étouffant –du moins en France. Il est inquiétant de constater qu’aucun parti d’opposition n’a jusqu’à présent présenté de programme conséquent de réorientation du capitalisme. Ils oscillent entre la politique « du chien crevé au fil de l’eau » des partis de gouvernement et l’incantation sans conséquence à la « relance par la consommation » de la gauche. L’extrême-gauche, fidèle à ces habitudes, se cantonne à un discours ultra-revendicatif et une mise en cause rhétorique du capitalisme sans qu’en émerge la moindre politique économique concrète. Bref, nous sommes dépourvus d’un véritable programme réformiste, c’est-à-dire, si les mots ont un sens, de réforme du système économique pour le réorienter dans le sens de l’intérêt général : plein emploi, croissance économique, réduction des inégalités, paix et préservation écologique. « Abolir » le capitalisme ou se laisser emporter par le mouvement « irréversible » du marché revient en réalité au même : poursuivre la marche à l’abîme.

L’enjeu est donc de construire une véritable alternative (pour commencer : doctrinale et programmatique) non pas au « capitalisme » mais à la dictature de la finance. Les véritables entrepreneurs, qui placent leurs objectifs et leurs intérêts dans la production, y trouveraient autant leur compte que les classes populaires. Quant au marché et à la liberté économique, ils ne se réaliseront pleinement qu’à l’abri de la jungle financière, de même que la liberté civile ne s’est épanouie qu’avec la construction de l’état de droit.



[1] Relativement seulement, car la vulgate libérale n’a voulu retenir que la magie de l’harmonie universelle censée se dégager de la « main invisible ». Du coup les conditions et les propriétés de l’instrument s’effacent au profit d’une justification biaisée du pouvoir des dominants. Le « marché » en est discrédité pour toute la pensée critique, alors qu’il fait partie des institutions indispensables à toute économie moderne.

[2] L’espérance statistique du profit dépend de son existence macroéconomique : c’est la constitution d’un surplus qui valide les anticipations de profit. Or ces anticipations sont elles-mêmes une condition de la constitution d’un surplus, via les comportements entrepreneuriaux qu’elles fondent. Une certaine configuration des valeurs et des croyances conditionne donc le fonctionnement des marchés (l’ « esprit du capitalisme » de Weber). Pour que la « main invisible » se réalise, il faut que des individus aient fait le choix d’être bouchers, de développer leur offre avec les risques que cela comportent, et comptent plus sur leur profit d’entreprise que sur l’escroquerie des clients… ces derniers eux même doivent avoir une relative confiance dans le boucher, préférer le coût de l’achat aux avantages du vol ou de la mendicité, etc. Un survol sommaire de l’histoire ou de la sociologie des sociétés contemporaines montre que ces conditions sont finalement assez rarement optimales…

[3] Pour filer encore la métaphore, les propriétés de la viande du marché smithien sont relativement faciles à connaître, il n’en va pas de même d’énormément de transactions dont la réalisation est incertaines : contrats d’assurance (aléa moral), produits à la fiabilité mal connue (appareils divers, de l’automobile au microordinateur en passant par le mixer…).

[4] Il est illusoire de mettre cette différence au compte d’une plus grande solidité de l’économie française. Outre qu’elle n’en a nullement montré les signes ces dernières années (chômage persistant, croissance parmi les plus faibles de l’OCDE, etc.) le propre de la mondialisation est une intégration extrême des flux financiers et des échanges de marchandises entre les économies développées. Moins encore qu’en 1929 (où la même fable de « la France à l’abri » avait été colportée par les dirigeants de l’époque) notre économie ne peut espérer passer entre les gouttes. Pire encore : Les entreprises les moins solides, les moins épaulées par leur gouvernement national, seront les premières victimes. C’est peut être aux États-Unis que ce situe l’épicentre du séisme, mais il y a fort à parier que c’est en Europe que les dégâts seront les plus considérables…

[5] Elle s’est pourtant résolue à racheter sans états d’âme les créance douteuses depuis décembre 2007, prenant le contre-pied de sa propre orthodoxie.

[6] Songeons que les États, pourtant unanimes en principe, n’ont toujours pas réussi à empêcher le système bancaire de blanchir l’argent des trafics : drogue, armes, etc. Rien d’étonnant à cela, tant que les banques tireront profit du recyclage de ces capitaux. Le capitalisme produit aussi bien des armes que des crucifix ou des médicaments. Idem pour la finance : créer / recycler de la monnaie, moyennant commissions ou intérêt. L’attrait du profit et la pression concurrentielle sont les seuls régulateurs du marché – ce que comprennent fort bien les VRAIS libéraux. Les appels à la morale sont toujours le cache-misère du laisser-faire. Une véritable « morale » publique consisterait à sanctionner la malfaisance. Au lieu de cela, l’ultralibéralisme multiplie les occasions de s’enrichir au détriment de la collectivité et recommande en même temps de ne pas s’en saisir.

[7] La meilleure des réglementations bancaires serait impuissante à éradiquer toute forme de spéculation. Il est inévitable, et parfois utile, que les agents économiques saisissent l’opportunité des variations de prix pour réaliser des gains spéculatifs, et le crédit, au cours de sa circulation dans le circuit économique, est forcément distrait de son usage initial. Le danger est, encore et toujours, que ces opérations se muent en bulle grâce à un financement à guichets ouverts assurant sans cesse de nouveaux flux d’achats créant les plus-values des acheteurs précédents. Si ce financement cesse d’être direct, il se réduit à un sous-produit d’activités productives et se tarit nécessairement si les besoins de la spéculation perdent toute proportionnalité avec l’activité réelle.

[8] Outre l’incertitude dont elle entache les futures pensions de retraite, la capitalisation gonfle démesurément les capitaux à placer et nourrit les bulles spéculatives – du moins tant que la montée en puissance de ces régimes de retraite l’emporte sur les pensions à servir. Ces capitaux sont-ils nécessaires à l’économie productive ? Non, dans la mesure où un flux régulier de crédit validerait les projets de cette dernière, et où les marchés financiers retrouveraient leur fonction vertueuse de drainage des encaisses monétaires vers des placements productifs.

[9] La bulle médiatique sur le « réchauffement climatique » précède et prépare, plus ou moins consciemment, la bulle financière sur les actions des énergies renouvelables et les droits à polluer. Il est significatif que le tohu-bohu des conférences internationales n’aient débouché sur fort peu de règles internationales d’interdiction ou de taxation des activités polluantes, mais à l’instauration de ces fameux « droits à polluer » qui demain pourraient être achetés et revendus sans rapport avec le contexte industriel et environnemental !

[10] Il s’agirait d’éviter de faire peser sur les finances publiques et les contribuables le coût artificiel d’une politique d’intérêt général par ailleurs redistribué, via les titres de la dette, au système financier. Ils en constituent aujourd’hui un élément essentiel, en tant que titre à sécurité maximale, dans une logique de gestion des risques. Or justement ces opérations, avons-nous montré, devraient être réalisées (quand elles sont nécessaires) autrement que par la finance.

[11] La « taxe Tobin » consisterait à prélever quelques dixièmes de pourcent sur les échanges de devises, ce qui supprimerait le gain tiré des opérations à très court terme, qui ne jouent effectivement que sur de faibles marges. L’effet serait en revanche imperceptible pour les transactions sur les biens et services. On peut s’interroger sur l’ampleur de la taxation pertinente vu l’amplification des flux spéculatifs, sans doute les estimations de Tobin sont elles aujourd’hui dépassées. Une telle taxe en tout cas n’agirait que sur les flux spéculatifs, sans préjudice d’autres mesures envisageables pour filtrer les échanges de biens et services, en particulier ceux qui résultent du « dumping » produit pas la dépréciation de certaines monnaies.

[12] Le système traditionnel, via le réescompte ou l’open market, ne permet aux autorités monétaires que d’agir sur les taux à court terme. Les taux à long terme, indispensable pour l’investissement, sont influencés par la perception du risque qu’ont les prêteurs. D’où l’envolée des taux à long terme – ou l’assèchement du crédit – lorsque le pessimisme mimétique s’empare des agents économiques. Si ces crédits étaient refinançables à des conditions prévues à l’avance, ces fluctuations du financement bancaires seraient amorties, et l’État disposerait d’un levier efficace pour agir sur l’investissement. Cette réforme présente certes quelques difficultés techniques, mais bien moindres que les « produits financiers » hyper-sophistiqués de la période qui s’achève…

[13] Qu’on songe au taux d’intérêt extravagants qui ont ravagé les économies européennes dans les années 80-90 pour contrer la déstabilisation des taux de change avant l’euro, ou à l’assèchement du financement dans les pays touchés par la « crise asiatique » de 1998, et bien évidemment à l’actuel « credit crunch ».

[14] La propriété d’État des entreprises n’est pas la panacée qu’imaginait la « gauche historique » ; plutôt que de « démocratiser » le système économique et de renforcer le pilotage macroéconomique, les nationalisations ont créé une osmose perverse entre managers et hauts-fonctionnaires, une confusion des intérêts qui n’est sans doute pas étrangère à la pénétration de l’idéologie ultralibérale au cœur même de l’administration. C’est plutôt par une rigoureuse séparation des pouvoirs que l’État est à même de réglementer et de piloter l’économie nationale, en laissant à des acteurs privés la charge des opérations de production proprement dites.

[15] A priori, les plans engagés aux États-Unis par Obama ou en Chine semblent conséquents au moins au niveau des volumes engagés. On peut bien sûr contester le détail, mais cette question est inessentielle pour ce qui nous occupe ici, à savoir la réorientation du capitalisme.

[16] En règle générale, notre société requiert plus de dépenses socialisées que par le passé. Quelle que soit l’organisation des agences qui en seront chargées, elles demanderont plus de prélèvements obligatoires. Il faut tordre le cou à la logorrhée antifiscale qui appauvrit le pays, dégrade les conditions du plus grand nombre et nourrit les bulles spéculatives via les titres de la dette publique !

[17] Ces derniers domaines choqueront une certaine gauche pour laquelle tout ce qui évoque la « répression » est intrinsèquement mauvais. Vaste débat, bien sûr, mais est-il raisonnable de négliger l’insécurité latente que génère la généralisation de l’urbanisation ? De nier les nouvelles tâches de la justice : judiciarisation des conflits particuliers, criminalité en col blanc, divorces, etc.  ? Est-il humaniste de laisser s’entasser les prisonniers dans des locaux insuffisants et mal aménagés, et de conditionner les décisions de justice aux places vacantes ? Est-il prudent de laisser péricliter notre armée au motif de l’absence de menace étrangère identifiée, alors que la reconstruction d’un appareil de défense, au cas où ces conditions changeraient, demanderait plusieurs dizaines d’années ?

[18] Sur ces questions, cf. mon article : De l’État-Providence à l’État social.

[19] Idem

[20] On nous objectera que le coût et le risque du crédit aux PME et aux grandes entreprises n’est pas le même. Une politique volontariste de développement industriel devrait justement corriger cet effet du marché de manière à développer l’emploi et l’innovation dont sont porteuse les PME. Le financement des « start-up » a souvent été présenté comme un point fort des marchés financiers dérégulés sur le financement administré. Comme nous l’avons indiqué, l’argument est plus que douteux, mais soulève un vrai problème qu’un système bancaire encadré serait certainement mieux à même de résoudre que la finance spéculative.

[21] Tout ceci coûterait évidement fort cher, d’autant qu’il deviendrait indispensable de revaloriser considérablement les moyens et les revenus des chercheurs pour se mettre à l’abri de la fuite des cerveaux. Mais ce serait un investissement très favorable à moyen terme.

[22] Le but n’est pas de tenir en lisière les entrepreneurs, mais de trouver les procédures qui permettront une coordination de leurs décisions favorable aux objectifs que nous avons énoncés.

[23] En économie ouverte, si la croissance d’un pays excède celle de ses partenaires commerciaux ses importations accompagnent mécaniquement la croissance du PIB, tandis que ses exportations restent limitées par l’état du marché intérieur des pays partenaires. D’où un déficit favorable à un endettement extérieur parfois périlleux ou des fluctuations indésirables du taux de change.

[24] D’authentiques auteurs libéraux, de Ricardo à Krugman, fournissent des clés d’analyse pertinentes pour rompre avec la dérive ultralibérale.

[25] Ce ne sont là que des conditions économiques qui n’épuisent évidemment pas les conditions pour qu’une coopération accrue débouche à terme sur une union politique.